‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 129 sur 171 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

qu'ils indiquent bien la pensée qui présida à cette époque à la direction des affaires publiques.

« Le gouvernement, disais-je, se sépare nettement de la doctrine des candidatures officielles, et des pratiques que ces candidatures rendent nécessaires. Cette règle de conduite implique la neutralité la plus entière dans la lutte électorale, et, comme conséquence, l'abstention de tout acte ou toute démarche qui pourrait marquer, aux yeux des populations, une préférence en faveur de l'un des candidats sur l'autre. »

. « Sous ce rapport, je ne partage pas l'opinion parfois émise, que le gouvernement a le droit et le devoir de faire connaître celui des candidats qu'il lui serait agréable de voir préférer par le suffrage universel.

« Sans doute, il est naturel et légitime que le gouvernement désire voir les électeurs manifester par le choix qu'ils font leur attachement et leur adhésion à la République. On ne peut s'étonner que le gouvernement aime à trouver, dans des élections que lui sont favorables, la preuve que le pays approuve la marche imprimée aux affaires publiques. Mais il ne lui appartient pas de former à son profit les manifestations du suffrage universel; et les témoignages de confiance qu'il reçoit de la part des électeurs ne lui donnent de la force qu'à la condition que ces témoignages soient librement exprimés. Nous n'avons, dans les affaires d'élections, qu'un seul devoir à remplir, faire appliquer strictement et équitablement les lois. »

Le système de gouvernement pacificateur que nous avions adopté porta ses fruits. Près de cent élections partielles durent avoir lieu à la suite d'invalidations . dans les premiers mois de l'année; presque partout les candidats républicains l'emportèrent sur leurs concurrents : et ces résultats arrachèrent aux journaux hostiles

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des aveux significatifs : < Après une pareille épreuve, disait le Soleilj nous devons loyalement reconnaître que le courant de l'opinion publique se prononce actuellement de plus en plus pour le gouvernement républicain. » — Dans la Revue de France, M. J.-J. Weiss, qui avait appartenu au parti orléaniste, écrivait : < La République est faite et fondée. Toute politique qui n'accepte pas cette vérité fondamentale et ne s'y appuie pas, est désormais une politique en l'air. Dès l'instant que la République existe, elle est le patrimoine de tous les citoyens jouissant de leurs droits civils et politiques. Aucun Français n'a besoin que d'autres Français daignent lui en ouvrir les portes. La loi les ouvre toutes battantes. Passe qui veut! Entrez donc, conservateurs; entrez avec votre programme déployé. » — Et enfin un bonapartiste militant mais plein de bon sens, M. Dugué de la Fauconnerie, écrivait dans une brochure : « Nous n'avons rien épargné pour dire au pays : ne prenez pas la République. On connaît la réponse du pays. Qu'est-ce que vous voulez que nous répondions à ceux qui nous disent : vous avez voulu qu'on consultât le pays : Eh bien, il est consulté, soumettez-vous I » — Ce fut un renouveau de la République libérale, pendant lequel les ministres unis dans le même sentiment donnèrent aux affaires de l'État une impulsion uniforme. On put juger de ce que pouvait faire, tant qu'elle durerait, l'union d'esprits sincères dirigés sans autre préoccupation que celle du bien public vers le même but.

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