MÉTHODE ET PROCÉDÉS DR NOTRE GOUVERNEMENT
Pour mon compte, avec la même ardeur que j'avais mise à la fondation du régime, je m'attachais à lui donner la physionomie que j'avais rêvée pour la République; un régime de liberté vraie, un gouvernement de droiture et de probité sans réserve. Je désirais mettre en pratique les idées que j'avais exprimées autrefois dans un livre publié sous l'Empire (1) et qui tendaient à la décentralisation, ou pour mieux dire, à la restitution aux pouvoirs locaux et aux citoyens des franchises qui leur appartiennent naturellement, et des droits qu'ils peuvent exercer sans dommage pour l'État. Je m'étais assuré dans cette vue la collaboration de M. de Crisenoy, que j'avais vu à l'œuvre dans les préfectures de l'Aisne et de Seine-et-Oise, et que je savais partager les mêmes idées que moi. Je voulais appliquer à l'administration du pays la méthode que j'avais préconisée dans mes écrits : apprendre à la nation à se gouverner ellemême, et employer les agents mêmes de l'administration à cet enseignement. Je pensais qu'il appartenait au pouvoir central de se dépouiller lui-même de l'excès de ses attributions, et de façonner les conseils locaux,
(1) La politiqiie d'un provincial.
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communes ou départements, commissions administratives, corporations locales créées déjà ou à faire naître, à l'exercice de leurs droits; de former la nation à l'usage de ses libertés, de l'habituer, selon mon expression d'alors, à se passer de lui. C'était un système nouveau du gouvernement; mais il y fallait le temps !
Pénétré de l'idée que les événements ont imposé à la France ce nouveau mode de vie, et que s'y conformer est, pour elle, une question de vie ou de mort, je tenais que cette évolution si radicale dans ses mœurs intimes ne pourrait se faire qu'avec le concours du gouvernement. Ainsi, à ses premiers devoirs qui consistent à pourvoir aux intérêts généraux de la nation, à maintenir l'ordre et les règles de la moralité générale, le temps présent impose au gouvernement de la République des devoirs nouveaux et singuliers : se dépouiller de l'excès de son pouvoir et le rendre à qui il appartient. Mes relations avec les hommes, mes instructions aux subordonnés s'inspiraient de cette façon de comprendre la liberté; et mes collaborateurs les plus proches se modelaient sur cette règle générale, ce qui donnait de l'unité dans l'action imprimée à la politique intérieure du gouvernement.
Je m'inspirais du même esprit dans mes rapports avec la Presse et avec le monde des Arts. La censure elle-même, cette Anastasie de si mauvais renom, vivait en bonne intelligence avec les artistes qui relèvent d'elle plus directement. Lorsque par hasard on me signalait une caricature qui dépassait sensiblement les bornes permises, je faisais prier l'auteur de venir me voir : je lui mettais sous les yeux son œuvre dont il n'avait pas le plus souvent aperçu lui-même le caractère offensif, dans cet entraînement du crayon ou de* la plume auquel tout homme qui crée quelque chose est