CHAPITRE II Ul
beaucoup, ou peut-être plus expérimenté au sujet de reffîcacité de telles poursuites, il s'y est toujours refusé.
J'eus affaire aussi avec des associations d'ouvriers qui s'étaient formées depuis très longtemps déjà, et qui vivaient sous le régime de la tolérance. C'étaient les syndicats qui ont fait grand bruit depuis. Le mouvement corporatif qui tend à ramener la France à son état traditionnel, après que la Révolution de 1789 avait tout détruit et tout nivelé de l'état social antérieur, ce mouvement date déjà de loin. 11 s'est produit d'abord dans Tordre des faits scientifiques et littéraires, par la reconstitution dans nos provinces d'académies, de congrès, d!associations formées dans le but de susciter et de concentrer des travaux historiques, des recherches sur les monuments ou sur les traditions locales. Mais depuis une vingtaine d'années, ce mouvement se propage, il se répand, il se manifeste dans tous les ordres de faits et d'intérêts économiques : agriculture, industrie, commerce, il y a en tout une tendance au groupement, née du besoin universel de concentration de forces qui se fait sentir, après l'impuissance séculairement constatée de l'individualisme et de l'éparpillement.
C'est ainsi que des syndicats d'ouvriers s'étaient depuis longtemps déjà formés à Paris dans les divers corps de métier. Quoiqu'on les laissât fonctionner sans entraves, ils subissaient de plus en plus des suggestions étrangères à la profession, et émanées des politiciens plus ou moins engagés dans des sentiments d'hostilité contre la richesse en général et contre le patronat en particulier. Je reçus plusieurs fois les délégués de ces syndicats avec qui je m'entendais très aisément, et, me semblait-il, avec des sentiments de mutuelle bienveil-
â4S FIN DU SEPTENNAT
Innce qui. de mon côté, étaient comme instinctifs tant j'y étais porté. Mais j'eus plusieurs fois l'occasion de les mettre en garde contre l'intrusion parmi eux d'hommes tenant de plus ou moins loin à la politique. Même en la présence de ces intrus, je leur signalais ces interventions comme un obstacle à une entente qui eût été, sans cet élément exotique, facile à établir entre les ouvriers et les patrons et le gouvernement. Ainsi les mœurs préparaient la législation à faire, seule manière de légiférer utilement, dans les matières économiques surtout où il est nécessaire que l'expérience des choses et des habitudes déjà contractées rendent pratiques et fassent accepter sans résistance les lois qui modifient les rapports d'intérêts différents sinon opposés.
Les effets de la bonne harmonie entre les hommes politiques et le libéralisme sincère de ceux qui gouvernaient se faisaient sentir dans l'ensemble des choses et des affaires publiques. Il en résultait une impression de pacification intérieure d'autant plus reposante après les crises successives de l'année précédente, et aussi de régularité et d'un heureux agencement des pouvoirs constitutionnels qui faisait bien augurer du régime républicain. Nous avions bien à repousser quelques tentatives d'envahissement du Pouvoir parlementaire sur le Pouvoir exécutif : mais ce commencement de désordre qui a grandi depuis jusqu'à ruiner le mécanisme constitutionnel de 1875, en était à ses débuts, et il était aisé à réprimer, grâce à l'autorité morale que Ton accordait encore aux ministres.
Chacun de nous, dans sa sphère, après avoir pourvu