CHAPITRE III
néral, et Alphand, directeur des travaux. La beauté du spectacle offert au monde entier, le succès éclatant dont tout le monde, exposants et public, prenait sa part; uqe sorte d'entraînement universel auquel se laissa aller la foule toujours grandissante et remuante; les fêtes, la joie de vivre au milieu de splendeurs qui semblaient toutes neuves à nos yeux jusqu'alors attristés par tant d'années de deuil; tout cela causait un éblouissement au milieu duquel on ne distinguait qu'à peine l'effort gigantesque de l'œuvre accomplie, et on perdait de vue ses artisans. Mais ceux qui ont vu de près attachés à cette tâche énorme, MM. Teisserenc de Bort, Krantz et Alphand, leur en gardent leur part de reconnaissance pour la patrie, et remplissent un rigoureux devoir en rendant témoignage de leur admiration.
Ce qui caractérisa cette exposition de 1878, ce fut une sorte de concours joyeux que lui donnèrent la France entière et le peuple de Paris. C'était la première fois, depuis l'année terrible^ que les Français pouvaient, tous assemblés, donner libre cours aux expansions de leur humeur native qui les porte à l'abandon, à la gaieté et à l'insouciance heureuse de vivre. Il s'y mêlait un sentiment de juste fierté auquel ils se laissaient aller, mais que leur bon goût naturel préservait de toute jactance.
Ces dispositions du peuple de Paris et de la France entière venue à ce grand spectacle se montrèrent principalement dans deux circonstances, deux fêtes : le !•' mai et le 30 juin 4878.
Le !•' mai était le jour fixé pour l'ouverture officielle de l'Exposition. On devait inaugurer dès le matin une
252 FIN DU SEPTENNAT
statue gigantesque de la République due au ciseau de Clesinger, et qui était placée à l'entrée principale. Les ministres, le conseil municipal de Paris, les principaux personnages du jour éteient convoqués; et nous nous trouvâmes au lieu fixé, où s'était rendue une foule énorme, attirée par le spectacle annoncé. Je lus un discours que j'avais communiqué à l'avance i M. Dufaure. D'autres discours furent prononcés, et vers la fin, le chef de musique de la garde républicaine s'approcha de moi et me dit : c Monsieur le ministre, on me demande de faire jouer la Marseillaise , je ne veux pas le faire sans votre autorisation » . Je fus un peu surpris, et je réfléchis un instant — mais ce fut court — et je dis : t Pourquoi pas? — Jouez la Marseillaise I »
Je rappelle — on a oublié ces choses — que c'était la première fois que l'on jouait la Marseillaise depuis l'année 1870. Nous vivions encore au milieu d'une atmosphère morale si différente de celle de nos jours, qu'on ne peut plus se figurer l'effet que le chant national devait produire. Cet effet fut immense sur la foule présente et sur la population tout entière qui sut partout aussitôt ce qui venait de se passer. L'effet fut grand aussi, mais d'autre sorte, à l'Elysée. Dès que j'avais donné l'ordre au chef de musique de jouer la Marseillaise, et à peine les premières notes avaientrelles été entendues, j'avais vu s'éloigner du cortège une personne qui avait dû aller rendre compte. A peine, en effet, étais-je rentré place Beauvau, un aide-de-camp du Maréchal me pria d'aller le voir. J'y allai de suite, pressentant l'orage. Le Maréchal était debout et il me reçut de môme. Il était rouge et le geste animé comme il était quand il éprouvait une émotion vive.
M. de Mac-Mahon était plein d'urbanité et il était simple dans ses manières. Il n'était sans doute tout à