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CHAPITRE II

rejoindre et à réparer les désastres de la guerre, étaient restées éloignées de Versailles. Ce fut l'âge d'or de l'Assemblée nationale. On peut le dire, sans manquer à la courtoisie. La galanterie n'était pas de mise, en vérité, dans les temps où les cœurs désolés ne pouvaient être remplis que du deuil national et de l'âpre passion d'en sortir. Aussi régnait-ii alors une véritable cordialité entre les membres de l'Assemblée, tous unis très patriotiquement dans l'unique pensée de refaire la patrie. On se rencontrait souvent dans les mêmes lieux, avec une certaine familiarité, née de sentiments communs et d'un même zèle passionné dans l'œuvre à accomplir. Chaque soir, dans les salons toujours ouverts de M. Thiers, qui occupait l'hôtel de la Préfecture, tout ce monde, d'origine, d'opinions, d'habitudes si diverses se retrouvait sans se heurter, et entourait avec le même empressement le chef du gouvernement.

Mais, dans ce milieu mélangé, bien des pensées divergentes travaillaient les esprits. Les Allemands n'avaient pas encore évacué le sol national, que déjà les tendances et les espoirs de chacun se faisaient jour. Les partis se reformaient; et avec eux se renouaient les intrigues. A mesure que la forme du gouvernement prenait plus de corps, à mesure que la physionomie de la République, d'abord incertaine, se précisait davantage avec le titre de Président donné à M. Thiers par cet avant-propos de Constitution appelé la loi Rivet, du mois d'octobre 1871 ; à mesure que M. Thiers, en butte aux hostilités souvent flagrantes de la Droite de l'Assemblée se trouvait contraint de chercher son point d'appui dans la Gauche : à mesure aussi les membres monarchistes de l'Assemblée se retiraient peu à peu, et s'éloignaient du palais de la Présidence, et en même temps, les relations des représentants entre eux devenaient moins faciles et moins

habituelles. Ajoutez la politique des salons qui recom^ mençaient à s'ouvrir, politique ardente pour les causes que Ton préfère, sans pitié ni discernement, et où les femmes sont si savantes à mettre leurs bonnes grâces ou leurs dédains au service de leur prosélytisme. Le sno* bisme et le bon ton y faisaient rage, et l'on croira facilement que les blessures de la vanité ne tardèrent pas à envenimer les divergences d'opinion.

Le maréchal de Mac-Mahon avait été replacé à la tête de l'armée de Paris. M. Thiers avait le culte de l'armée, et il avait pensé, avec juste raison, que le nom du Maréchal et la grande autorité dont il jouissait feraient l'effet du rappel du clairon autour du drapeau. Le Maréchal^ heureux de reprendre son rang après la funeste guerre, témoignait à M. Thiers beaucoup de respect. Mais, malgré lui sans doute, ses relations mondaines, ses parentés, la grande situation qu'il avait eue sous l'Empire et qu'il conservait, lui faisaient une place à part dans le gouvernement, et devaient presque fatalement grouper autour de lui toutes les personnes qui, par esprit de parti, s'éloignaient de M. Thiers. Il était, qu'il le voulût ou non, un centre, un point de mire, peut-être une réserve.

Le renversement de M. Thiers, au 24 mai 1873, l'élévation du Maréchal à la Présidence, parurent au premier moment une victoire définitive remportée par les partis monarchistes sur la République. Et on ne comprendra jamais, en effet, que la Droite de l'Assemblée nationale ait fait ce coup d'État sans avoir préparé une restauration pour le lendemain. C'eût été son droit.

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