CHAPITRE IV
fixée, d'après les termes mêmes de la Constitution, au 5 janvier 1879. La vérité sur ce point est que la Droite tenta les derniers efforts pour faire retarder cette épreuve, qui devait être en effet décisive, et dont elle redoutait les résultats que faisait prévoir le succès de l'Exposition universelle. On laissait entendre que le Maréchal et nous-mêmes nous aurions été capables de forfaire à la Constitution. Cela permet les indignations à froid, et dispose les esprits aux mesures radicales qui pourraient être prises plus tard contre des ministres suspects de prévarication.
Loin de retarder la date des élections, nous l'attendions au contraire avec confiance; et pour mon compte, j'avais donné toute mon attention à cette consultation du pays qui devait ou consacrer ou condamner l'établissement de la République^ notre œuvre, celle du premier ministère formé après le vote des lois constitutionnelles, et du second après l'aventure du Seize Mai. J'avais travaillé à ces élections, non avec le procédé connu des candidatures officielles, mais par le moyen plus simple et permis qui consiste à obtenir l'adhésion volontaire du pays à la politique et à la conduite du gouvernement. Déjà la pacification reposante qui avait suivi les orages du Seize Mai, et TExpoçition universelle dont l'éclat et les fêtes avaient chatouillé notre fierté, avaient donné à l'esprit public une tournure favorable au régime. Je résolus d'y associer de plus près encore les populations en appelant les municipalités de France à y participer en personne. La -Chambre avait mis à ma disposition, comme pour
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tous mes collègues, une somme de cent mille francs pour frais exceptionnels de représentation. Je pensai à employer cette somme en fêtes périodiques auxquelles j'appellerais successivement toutes les municipalités de France.
Toutes! c'eût été impossible. J'en avais réduit le nombre à celles des villes de cinq mille habitants et au-dessus, que j'avais divisées par région, et que j'invitais alternativement avec leurs représentants et leurs préfets à un dîner d'apparat suivi de bal au ministère de l'intérieur. Ainsi je mettais les maires de nos villes en rapport direct avec le gouvernement de la République, et en même temps je leur fournissais l'occasion de visiter l'Exposition et de juger par eux-mêmes de la beauté de cette manifestation nationale, et de Téclat qui en rejaillissait sur la France. Ces rencontres devaient être heureuses à plus d'un point de vue. Elles firent naître une mutuelle confiance et un sentiment, tout nouveau en France, de cordialité entre, les municipalités et le gouvernement. Ces rapports individuels, d'où naissait une sorte d'attachement tout personnel entre le ministre et ses collaborateurs répandus sur tout le territoire, devaient profiter aux institutions elles-mêmes; et j'ai pu constater souvent que la République avait eu lieu de s'en féliciter.
J'avais, dès le début du ministère, donné à l'Administration intérieure une direction conforme à mes idées particulières sur cette partie de la politique du régime, politique qui eût demandé du temps pour produire ses fruits. Les élections sénatoriales devaient, me semblait-il, se ressentir de la méthode administrative que j'avais recommandée aux préfets : s'attacher à l'étude et à la solution des affaires administratives; pourvoir ^ux besoins et aller au-devant des vœux des popula-