CHAPITRE IV
lions; se tenir en rapports habituels avec les représentants de ces populations; leur montrer, non par des paroles mais par des actes, une disposition constante à les aider, à les seconder dans leurs efforts; se mêler à la vie locale; et, par ainsi, gagner la confiance des habitants et les convaincre de la vertu pacificatrice et bienfaisante de la République; s'efforcer d'effacer les traces et les souvenirs de nos discordes civiles, et de rapprocher tous les citoyens dans l'œuvre du bien public; en un mot faire aimer la République. Voilà, leur avais-je dit, la politique que vous avez à faire dans vos départements. Tous avaient compris comme moi Tœuvre qui nous était confiée : fonder un gouvernement libre et assurer la paix civile. Ils s'étaient attachés à cette œuvre qui correspondait à l'idéal qu'eux-mêmes, dans les belles années de la jeunesse, avaient entretenu dans leur âme. Ils s'y livraient avec foi et avec ardeur; et ils me témoignaient une confiance, et il me semblait même une sympathie personnelle, qui donnaient à nos relations, même officielles, un caractère presque intime, sans nuire à mon autorité. Les rapprochements établis entre tous les agents de l'administration, préfets et maires et le gouvernement, dans les salons de l'hôtel Beauvau, avaient mis le sceau à cette sorte d'alliance patriotique formée pour le bien commun. Me trompé-je? Il y eut alors dans la nation, un courant de généreuse confiance dans l'avenir et de sympathie mutuelle entre le pays et ceux qui le gouvernaient, avec une bonne volonté si apparente chez ceux-ci, de le guider sans l'opprimer, qu'il n'apparaissait nulle part ni contrainte ni résistance hargneuse; à peine pouvait-on soupçonner, quand on n'était pas en mesure de connaître les menées des partis, quelques desseins nés de rancunes ou de parti pris de
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sectaires, réduits pour un temps du moins, à se dérober au grand jour. On put croire alors à une réconciliation universelle. Il en reste des témoins. C'est dans ces conditions que s'ouvrit le scrutin du 5 janvier 1879 pour le renouvellement d'un tiers du Sénat.