CHAPITRE V
jours digne mais sans façon, qui lui a facilité sa tâche dans l'exercice de ses diverses présidences. Il avait aussi hérité de famille une tournure d'esprit juridique, et des traditions de magistrat, qui sont très utiles sinon nécessaires, pour faire un président complet dans les assemblées politiques. Le duc Pasquier est un de ceux qui auront honoré les présidences parlementaires.
Mais le parti républicain jugea qu'il était nécessaire de marquer la différence des temps par une modification de bureau du Sénat. Ce n'était pas une vue très judicieuse ni très politique, étant donné que le duc Pasquier était un Président chez qui les opinions politiques n'avaient jamais eu le caractère aigu de l'hostilité ou même de la mauvaise grâce envers les personnes. Les élections du 5 janvier, d'ailleurs, avaient eu, de l'aveu de tous, un caractère plutôt conservateur, quoique républicain, et le maintien du duc au fauteuil aurait marqué une intention conciliante, en rapport avec notre politique générale. Mais comment attendre, des partis, tant de vertus! Le parti triomphant tenait à se donner une satisfaction qui consacrât sa victoire, et le groupe du Centre gauche commit cette première faute de suivre le courant. Ce fut, il est vrai, dans ses rangs que l'on choisit, pour en faire un président, un excellent homme, honoré de tous les partis, sans qualités ni dehors très éminents, mais parlementaire très aguerri et agréable i tout le monde, M. Martel, en un mot.
Le personnel administratif que j'avais créé tout d'une pièce échappait aux récriminations. Néanmoins, je dus accomplir un acte politique en rapport avec l'ensemble
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des circonstances, au sujet de la Préfecture delà Seine. Lorsque je repris possession du ministère de l'Intérieur, j'avais retrouvé à cette Préfecture, établie alors dans le petit palais du Luxembourg, M. Ferdinand Duval. M. Ferdinand Duval représente assez exactement une génération d'bommes qui furent mêlés à la politique générale à la fin de l'Empire et dans les premiers temps de la République.
Dans les rangs de la phalange très composite de l'Union libérale, il était de ceux qui avaient fait une guerre implacable à l'Empire. Il s'y était créé des relations et des amitiés qui lui servirent, ainsi qu'à tant d'autres, après l'avènement de la République. Avec de l'esprit, de la diplomatie mondaine, et un physique qui ne nuisait pas à ses succès, il fut un des types les plus achevés d'une fraction notable de la jeunesse de cette époque, celle qui versait dans la politique, et qui fréquentait dans les salons en vue où ils étaient accueillis comme des combattants utiles, comme l'espoir du lendemain que tout le monde rêvait et préparait. Ils avaient acquis dans les luttes quotidiennes de la presse, affinée alors par les dangers d'une législation draconienne, dans les conversations des conciliabules plus ou moins secrets, dans les entretiens des salons ouverts à la politique, une élocution brillante, une gymnastique d'esprit qui pouvait faire illusion, et dissimuler une érudition et une préparation qui se sont trouvées souvent insuffisantes, quand il a fallu fournir ses preuves et faire œuvre de gouvernement. Mais tout ce monde bruissait, se remuait, s'admirait, et se croyait propre à tout. Beaucoup d'esprit, d'agrément, de dehors, avec des aptitudes aux petites manœuvres mondaines qui préparent aux intrigues politiques, non sans contentement de soi.