‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 151 sur 171 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

M. Ferdinand Duval avait beaucoup de ces mérites et aussi quelques-unes de ces défectuosités. Sa fréquentation dans les endroits en vue et sa camaraderie du Palais de Justice avec les hommes de sa génération, l'avaient mêlé tout naturellement aux hommes et aux choses du gouvernement du 4 septembre. D'abord préfet de Bordeaux, puis préfet de la Seine, il avait pu vivre tant bien que mal avec le Conseil municipal de Paris, lequel d'ailleurs, à ces époques préhistoriques, était composé d'hommes à peu près gouvernementaux. Néanmoins, pendant mes deux ministères, en 1876 et en 1878, j'eus de nombreux assauts à soutenir à son propos. Les républicains supportaient mal à la tête de Paris un homme qui avait pris plutôt la couleur de l'opposition orléaniste, sans trop s'en cacher, et dont les relations personnelles le rattachaient à ce parti. Il ne donnait pas, à proprement parler, prise contre lui; mais il était suspect — ce qui est déjà un crime en politique — et, au surplus, ayant un certain genre d'esprit dont il coquetait, comme on faisait dans ce monde-là, il se répandait volontiers en propos légers, et en traits plus ou moins acérés contre le régime et contre les personnes. Il ne m'épargnait pas — je l'ai su — mais il ne m'importait guère, en vérité ! L'esprit de ces voltigeurs du Centre droit ne pouvait me détourner de ma politique, qui consistait à amener tous les Français sur un terrain commun. Ils ne se doutaient guère, lui et ses amis, qu'en faisant parade d'un esprit facile et d'un scepticisme politique de haut goût pour amuser des galeries mondaines, passablement dédaigneuses sous des dehors de chatteries de salon, ils faisaient douter de leurs capacités d'hommes de gouvernement, tandis qu'ils auraient eu tant d'intérêt à faire croire au contraire qu'ils seraient des res-

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M, Ferdinand Dsral était de ceux que Topùiion triomphante ne me panMttait pfaia d'imposer à la population parisienne. Je daa proposer à M. le Maréchal son remplacement, et je hti écriTis en même teaq» nne lettre personnelle dans laquelle je loi exprimais les regrets qae j'éprouvais en lui appliquant une mesure que les circonstances politiques rendaient inévitables. M. le Maréchal ne le défendit pas, quoique M. Ferdinand Duval fût un des favoris de l'Elysée, n savait, mieux que personne, quels étaient ses sentiments vrais & regard du gouvernement.

Je songeai, pour le remplacer, à un homme qui appartenait, lui aussi, i cette génération des ligueurs de r Union libérale, surgie le 4 septembre, mais d'opinions beaucoup plus avancées, M. Hérold. Il m'avait été désigné par sa notoriété due i la célébrité de son père, par la popularité dont il jouissait dans une certaine partie de la population parisienne, et par sa capacité que Ton disait hors ligne. Je ne le connaissais pas personnellement, mais nous avions des amis communs qui me répondaient de lui. Cependant, il avait la réputation, d'ailleurs justifiée, de professer ouvertement en religion des opinions diamétralement opposées aux miennes et à celles que je considérais comme nécessaires pour Tordre. On commençait, dès ce moment, à dévoiler des projets, jusqu^alors combinés dans l'ombre, au sujet de l'enseignement populaire et de la guerre prochaine contre tout ce qui touchait à la religion. Je voulus, avant de proposer ce choix au Maréchal, m'as- Burer des dispositions de M. Hérold à cet égard.

Bardoux était alors ministre de l'Instruction publique. Il avait préparé des projets, arrêtés entre nous,

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