CHAPITRE V
au sujet de l'enseignement primaire; mais, comme moi* même, il n'entendait pas toucher à la liberté de l'enseignement^ ni aux droits des pères de famille. Il écartait toute idée de guerre religieuse; et la laïcisation était à nos yeux une forme de cette guerre contre laquelle nous étions décidés à résister sans rémission. Je le priai d'assister à l'entretien que je comptais avoir avec M. Hérold. Il y vint en effet. Là, je fis connaître à M. Hérold mes intentions à son sujet; mais qu'auparavant je tenais à savoir de lui comment il entendait se comporter dans la question de l'Enseignement public. M. Hérold, sans renier ses opinions personnelles, nous déclara que, dans son administration comme préfet, il n'en ferait nullement acception, qu'il s'inspirerait des idées du gouvernement, qu'il ne se prêterait pas aux projets de laïcisation qui pourraient être dans les intentions du Conseil municipal de Paris; qu'il entendait, dans ces questions, marcher d'accord avec nous; qu'il se plaçait dans ces affaires à un point de vue purement politique, et qu'il considérait le nôtre comme juste et profitable à la République. M. Hérold fut donc nommé Préfet de la Seine, et j'ajoute qu'il a tenu son engagement tant que je suis resté avec Bardoux dans le gouvernement.
M. Hérold faisait profession d'être athée. Beaucoup de jeunes hommes comme lui, à cette époque, MM. Jules Ferry, Gambetta, parmi les plus fameux, partageaient cette opinion philosophique. Ils ont cru, — on peut douter, il est vrai, qu'ils y aient beaucoup réfléchi, — ils ont cru qu'une société humaine pouvait vivre sur cette donnée, sans tomber dans la barbarie. Nul n'a le droit de leur reprocher des opinions de cet ordre, quelque étranges qu'elles paraissent chez des hommes qui ont la prétention de mener les autres, mais ce que l'on est
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en droit de leur reprocher, c'est d'avoir caché ces opinions, et de n'avoir pas hautement dit qu'ils se proposaient de les appliquer dans le gouvernement, et de les substituer dans l'esprit des générations à venir aux anciennes croyances. Par là, ils ont trompé le peuple, et fait œuvre de démagogues. Ils ont inoculé en quelque sorte à la République le vice essentiel qui l'a depuis lors marquée et dont elle meurt, je veux dire l'improbité politique. Déchristianiser la France, c'était une œuvre néfaste et impolitique au premier chef. Mais se livrer à cette œuvre sans le dire, la préparer et la poursuivre par des voies détournées, invoquer au besoin des principes respectables, tels que la liberté de conscience, pour fausser les consciences sans qu'elles s'en doutent; cela est une de ces fautes dont Talleyrand disait qu'elles sont un crime. Les conséquences de leur politique anti-religieuse ne se peuvent montrer toutes tant elles sont énormes; on ne peut pas davantage les endiguer, tant elles ont pénétré la vie sociale. Elles apparaissent dès à présent redoutables pour la nationalité même. Et pour avoir dissimulé leurs desseins, ceux qui ont fait cette politique ne se relèveront pas devant l'histoire des responsabiliés qu'ils ont encourues.