ORDRE DU JOUR DE LA CHAMBRE
Nous étions entrés dans la voie des réparations légitimes que le parti républicain pouvait raisonnablement réclamer. Mais nous étions résolus à ne pas nous laisser entraîner dans la voie des vengeances rétrospectives et des ostracismes prononcés contre les personnes. De là un désaccord naissant, peu accusé d'abord, mais déjà s'accentuant de jour en jour, entre le ministère et la majorité parlementaire. Je sentais pour mon compte se poursuivre un sourd travail de désaffection, de désagrégation et de défiance contre nous. Les avertissements sympathiques ne me manquaient pas; et j'avais hâte de sortir de cette ^tu^tiion indécise. Je demandai à mes collègues de la brusquer, en cherchant un moyen d'obliger la majorité à se dessiner et à se déclarer nettement pour ou contre nous.
Cette idée avait déjà été émise antérieurement aux élections sénatoriales par M. Dufaure. Le 21 décembre 1878 — j'en ai conservé une note écrite sur l'heure -^
290 FIN DU SEPTENNAT
M. Dufaure, en conseil des ministres, avait dit : < Monsieur le Maréchal, dans le cas où le ministère actuel serait encore en fonction le 14 janvier (jour de la rentrée des Chambres), il y aurait lieu pour lui de se présenter devant le Parlement avec un manifeste, un message, quelque chose enfin qui soit une entrée en matière, et qui permette au ministère de faire connaître la ligne de conduite qu'il se propose de suivre. Vous verrez si vous voulez faire cette déclaration en votre nom. Nous préparerons ce programme, nous vous le montrerons, et vous choisirez, soit de vous l'approprier, soit de le laisser présenter par le ministère. > A quoi le Maréchal répondit : c Vous avez commencé cet exposé par une phrase sur laquelle je tiens à m'expliquer. Vous avez dit : Si le ministère actuel est encore en fonctions le 14 janvier... Je ne puis accepter cette forme de parler. Le ministère tel qu'il est — je ne dis pas qu'il ne puisse y avoir de modification — mais le ministère à la tête duquel vous êtes, monsieur le président du conseil, devra rester, ou moi-même je me retirerai. J'ai cédé une fois, deux fois, mais je suis très décidé. Je n'irai pas plus loin. Ainsi vous pouvez être certain que, tant que je resterai Président de la République, le ministère actuel restera en fonction. Quant à ce que vous avez dit du programme, nous verrons ce qu'il y aura à faire plus tard. » M. Dufaure reprit : « Oh! mon Dieul j'avais dit cela pour plus de prudence; mais je n'y insiste pas. Nous préparerons le manifeste, et vous ferez ensuite ce que vous préférerez, »
Aussitôt après les élections, j'avais reçu l'impression, un peu de tous les côtés, comme je l'ai dit, que l'ancien parti républicain jugeait que le moment était venu de prendre possession du Pouvoir. Aussi, M. Floquet, dans un discours prononcé à la Chambre, pu^-U dire, «ans