‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 156 sur 171 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

mèreDt sans cesse des exécutions qui, à leurs yeux, n'étaient que des actes de justice et des réparations nécessaires. Une lettre que je reçus d'un des députés avec qui je n'avais pas de relations particulières d'amitié, peint exactement l'état d'esprit des fractions modérées de la Chambre.

« 11 n'y a, m'écrivait-il, qu'un petit nombre de députés qui parlent de renverser le ministère sans manifester aussitôt des regrets profonds de se séparer d'hommes qui ont tant fait pour le bien du pays et pour l'affermissement de la République. Pourquoi hélas I dans le programme a-t-on dit : « nom avons été et nous serons inexorables pour les fonctionsaires, etc., etc. S'il n'y avait eu que le second membre de phrase : nous serons inexorables, l'impression eût été moins mauvaise. Et cependant, je me refuse à croire qu'il soit pos-* sible, qu'après tous vos travaux, Exposition universelle I élections renouvelées I élections municipales I élections sénatoriales! et bien d'autres actes, tous faits dans l'intérêt de la République et de la France, que nous aimons tous et voulons tous servir, on vous renverse! M. Dufaure peut encore, j'en ai la conviction, sauver la situation f Qu'il dise qu'il sera ferme sur la question du personnel, et ne jugera pas seulement les fonctionnaires sur les faits futurs mais sur les actes passés, et tout peut s'arranger. S'il ne le fait pas, s'il veut sauver ses fonctionnaires, la partie est perdue, et les plus modérés, les plus dévoués aux ministres qu'ils respectent, qu'ils aiment et qu'ils ont bien souvent admirés, seront obligés de voter contre le ministère... Pardonnez-moi^ cette longue lettre, mais je tenais à vous dire combien j'étais persuadé du bien que vous pouviez faire à mon pays, et combien j'étais malheureux qu'un malentendu et une phrase mal comprise pût faire chuter un minis-t

iU FIN DU SEPTENNAT

tère et compromettre une situation aussi belle! Du pro* gramme, il n'en est pas question dans les groupes. On le trouve très suffisant. Il n'y a que la question du personnel et surtout du personnel judiciaire I Dieu sauve le pays et inspire M. Dufaure dans sa réponse à Senart » — (Garrigat.)

* L'interpellation fut développée par M. Senart dans la séance du 20 janvier. Son discours se résume dans ces mots : < Je le dis très sincèrement à nos ministres : C'est le vœu de la Chambre, c'est le vœu du pays. Cette question du personnel ne préoccupe pas la Chambre depuis quelques jours seulement. Elle n'est pas née après l'heureuse JK>urnée où les élections sénatoriales ont fait disparalbeeJes possibilités d'un conflit entre les deux grands' pouvoirs législatifs du pays. » M. Dufaure répondit que < notre résolution très arrêtée est d'exiger de nos fonctionnaires qu'ils se pénètrent du grand changement opéré depuis les élections générales, qu'ils y obéissent comme nous, etc.... »

Mais M. Dufaure connaissait l'état des esprits. Il était fatigué d'être discuté sans cesse. Son vieil honneur d'homme d'État en souffrait. 11 était partagé entre ce sentiment et la douleur de voir la Chambre abandonner la politique sensée de la veille, et prête à se livrer entièrement aux aventures d'une politique dont il prévoyait les périls. C'est dans ce double sentiment qu'il était monté à la tribune. C'étaient des adieux, des eonseils, un suprême appel fait au bon sens et à la sagesse; et ce qu'il y avait de personnel dans ce débat où ce vieux champion de la Liberté se sentait atteint, donna à son langage un accent passionné qu'on ne lui connaissait pas. 11 fit, à la fin, un retour sur lui, sur sa longue car* rière consacrée au bien public, et en quelques mots, rapides comme une émotion comprimée par un homme

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