‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 157 sur 171 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

fier, accompagnés d'un geste rendu, noble par la grandeur de cette scène et par la hauteur de ce vieillard qui prenait son pays en témoignage, il atteignit les sommets de Part le plus achevé, et il fit passer devant les yeux éblouis et humides de ceux qui l'entendaient, l'image de l'éloquence même.

Rien n'y fit. MM. Madier de Montjau et Floquet, au nom de la Gauche radicale, déclarèrent sans ambages qu'ils avaient supporté le ministère faute de mieux, et en attendant qu'il leur fût possible de prendre en main le gouvernement; que le moment était venu de donner le Pouvoir au vrai parti républicain; qu'au surplus, on aurait bien tort de reculer; qu'un jour très prochain, il faudrait en venir là... < Cette séparation, dit M. Floquet, nous avons cru qu'entre le ministère et nous, elle pourrait s'opérer plus avantageusement, plus dignement, plus doucement pour tous, si on se séparait avant de discuter... » Au fond, M. Floquet avait raison. Du moment où le parti modéré n'était plus décidé à faire tête au parti radical, où par des raisons diverses il s'unissait à lui, au moins d'intention, dans ses projets ultérieurs, il eût mieux valu rompre sur l'heure.

M. Dufaure n'avait pas jugé à propos de répondre : il m'avait fait passer une note que j'ai gardée : c Jusqu'à ce moment, me disait-il, je ne vois rien à répondre. » Je présume qu'il avait le sentiment que la rupture était déjà arrêtée dans l'esprit de la majorité entre elle et le gouvernement issu de la victoire des 363. Cette rupture fut bien près de se faire dès ce moment, en effet.

On suspendit la séance pour laisser le temps de la réflexion aux partis qui étaient fort animés. Je l'avais demandé; et les ministres se retirèrent dans la pièce qui leur était réservée. Les groupes de la Gauche déli-

iU FIN DU SEPTENNAT

tère et compromettre une situation aussi belle! Du programme, il n'en est pas question dans les groupes. On le trouve très suffisant. Il n'y a que la question du personnel et surtout du personnel judiciaire I Dieu sauve le pays et inspire M. Dufaure dans sa réponse à Senart » — (Garrigat.)

- L'interpellation fut développée par M. Senart dans la séance du 20 janvier. Son discours se résume dans ces motfi : < Je le dis très sincèrement à nos ministres : C'est le vœu de la Chambre, c'est le vœu du pays. Cette question du personnel ne préoccupe pas la Chambre depuis quelques jours seulement. Elle n'est pas née après l'heureuse JK>urnée où les élections sénatoriales ont fait disparaître les possibilités d'un conflit entre les deux grands' pouvoirs législatifs du pays. » M. Dufaure répondit que c notre résolution très arrêtée est d'exiger de nos fonctionnaires qu'ils se pénètrent du grand changement opéré depuis les élections générales, qu'ils y obéissent comme nous, etc.... »

Mais M. Dufaure connaissait l'état des esprits. 11 était fatigué d'être discuté sans cesse. Son vieil honneur d'homme d'État en souffrait. 11 était partagé entre ce sentiment et la douleur de voir la Chambre abandonner la politique sensée de la veille, et prête à se livrer entièrement aux aventures d'une politique dont il prévoyait les périls. C'est dans ce double sentiment qu'il était monté à la tribune. C'étaient des adieux, des eonseils, un suprême appel fait au bon sens et à la sagesse; et ce qu'il y avait de personnel dans ce débat où ce vieux champion de la Liberté se sentait atteint, donna à son langage un accent passionné qu'on ne lui connaissait pas. 11 fit, à la fin, un retour sur lui, sur sa longue carrière consacrée au bien public, et en quelques mots, rapides comme une émotion comprimée par un homme

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