‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 16 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

éloignement à Tégard des personnes, et par une affectation marquée de n'avoir aucun rapport avec les auteurs du 24 mai ni avec l'Elysée.

Il y avait une grande part d'injustice dans ces préventions de notre parti. Mais les passions politiques, pas plus que les autres, ne laissent guère de place à la réflexion ni à la droiture du jugement. Au contraire de ce que nous pensions alors, le maréchal de Mac-Mahon a toujours gardé le rôle de sentinelle fidèle qu'il avait accepté. Il aurait cédé le pas à la monarchie, si la majorité de l'Assemblée nationale l'avait votée. Il jugeait que c'eût été alors un devoir constitutionnel, parce qu'aucun régime politique n'avait encore été proclamé comme définitif. Mais jusqu'à ce moment — s'il devait jamais venir — il serait le gardien fidèle du Provisoire qui lui avait été conûé. 11 le fut jusqu'au point de faire violence à son cœur de royaliste, lorsqu'il refusa à M. le comte de Ghambord l'entrevue que celui-ci lui avait fait demander en octobre 1873. Je tiens ce détail du Maréchal lui-même qui me l'a raconté. 11 le fut encore, lorsque la Droite de l'Assemblée, poussée dans ses derniers retranchements, se refusait à discuter une Constitution. Le Maréchal ne se prêta pas à cette obstruction de la part d'hommes qui, ne pouvant faire une restauration monarchique et ne voulant pas fonder la République, acculaient la France au néant. Il ne se départit jamais enfin de rengagement qu'il avait pris de ne pas user de son pouvoir dans un intérêt contraire à la République. Mais nous ne le savions pas; et comment l'aurions-nous su?

Un des tristes effets du 24 mai avait été de diviser en deux le monde politique et parlementaire, et de telle

manière que les deux parties séparées étaient Tune pour l'autre impénétrables. Point de rapports, point de communication entre les hommes, si ce n'est dans les luttes ouvertes du Parlement. On ne se rencontrait que sur le champ de bataille; et même sur ce terrain, il n'était jamais question d'accommodements. Une sorte de faux point d'honneur, né de la vivacité et de la sincérité des convictions, nous mettait tous en garde contre un désir manifesté d'entente et contre des tentatives de transaction qui eussent été taxées de trahison. Aussi chacune des deux grandes fractions de l'Assemblée et plus tard des deux Chambres, la Gauche et la Droite, pourraitelle avoir son histoire à part; mais aucune des deux ne fut jamais exactement renseignée sur ce qui se passait dans l'autre. Cet état de choses n'était pas fait pour calmer l'irritation des partis; et il avait pour conséquence de maintenir à l'écart le Maréchal dans TÉlysée, où il était livré aux entreprises et aux suggestions de son entourage.

Le même esprit d'exclusivisme et de méchante humeur régnait, sévissait plutôt dans les relations mondaines. Par suite de l'état des partis, l'Elysée lui-même ne pouvait guère servir de terrain neutre, où les hommes, divisés par la politique, auraient pu se rencontrer sans se heurter. Par le monde qui le fréquentait, par l'esprit qui y régnait et qu'on y respirait, depuis les antichambres en passant par les bureaux du haut personnel et des officiers d'ordonnance, jusqu'aux salons, l'Elysée était, à l'égard de la République, comme une sorte de camp ennemi. Presque aucun membre des Gauches n'y allait; et si l'on y entrait, l'air ambiant ne vous mettait pas à l'aise. La haute société parisienne, celle du faubourg Saint-Germain, entourait Mme la maréchale, ce qui était très naturel, et n'était

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