‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 160 sur 171 · DERNIÈRE GRISE — DÉMISSION DU MARÉCHAL · texte numérisé non relu

DERNIÈRE GRISE — DÉMISSION DU MARÉCHAL

FIN DU SEPTENNAT

La crise finale du Septennat du Maréchal allait s'ouvrir. Elle avait commencé par la retraite du ministre de la guerre, M. Borel, aussitôt après les élections du 5 janvier. Gambetta désirait violemment que M. Borel fût remplacé par M. Farre. Je ne connaissais de ce dernier que ce qu'on avait raconté de lui pendant la campagne de 1870 dans le Nord. 11 avait été le second du général Faidherbe; il avait, disait-on, déployé dos qualités réelles d'organisateur, il avait commandé en chef à la bataille de Bretoncelles, bref, il avait un bon renom. C'était, à l'époque où nous sommes, un rare avantage, à nos yeux, pour un ministre de la Guerre, que d'être entièrement indépendant du Maréchal^ que l'on croyait toujours sous l'influence des généraux hostiles à la République, et sur qui pesait le fatal souvenir du Seize Mai. Avec M. Farre, on pensait que la République serait affranchie de la domination de l'Elysée. J'étais dans ces vues, en considération de ce que je croyais être le bien de la République. Mais M. de Mac- Mahon était très éloigné de M. Farre, qui paraissait ne lui inspirer, comme militaire, qu'une médiocre estime.

Le matin du jour où la décision devait être prise^

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nous fAmes convoqués chez M. Dufaure^ place Yendôme; et là, nous tombâmes d'accord sur la nécessité de mettre au ministère de la guerre un général qui fût indépendant de l'Elysée et qui eût ses coudées franches dans cette partie des affaires de l'État. M. Dufaure avait été chargé de faire connaître notre opinion au Maréchal. Le soir, étant réunis à l'Elysée pour faire choix du ministre de la guerre, M. de Mac-Mahon très nettement proposa M. Gresley. M. Gresley avait été son chef d'étatmajor, il passait pour avoir des opinions républicaines, et M. le maréchal, non sans esprit, insista beaucoup sur cette circonstance, nous disant qu'à ce point de vue nous ne pouvions faire aucune objection contre M. Gresley.

Bien que le matin le nom de M. Farre eût été à peu près adopté, M. Dufaure prit le premier la parole et il déclara qu'il n'avait pas d'objection à faire. Je vis bien que la partie était perdue, tous opinèrent du^ bonnet. Quand mon tour fut venu, je ne pus me retenir de dire que j'aurais préféré M. Farre, et je rappelai le bien que je savais de lui. M. Gresley fut ministre. Cela fit quelque bruit au Palais-Bourbon et accrut les dispositions hostiles de Gambetta déjà fort aigri, parce qu'il supposait que le Maréchal le tenait à l'écart avec une intention marquée d'antipathie contre sa personne et, d'autre part, aiguillonné par son parti.

Ce fut M. Gresley qui mit le feu aux poudres. Le 28 janvier il présenta au Maréchal un décret à signer, par lequel on relevait de leur commandement dix généraux qui occupaient leur poste depuis plus de trois ans.

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