‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 161 sur 171 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Le Maréchal vit dans cette proposition faite au nom du cabinet tout entier, une attaque directe contre lui et presque une offense. Il avait maintes fois déclaré qu'il se considérait comme préposé spécialement à la défense de l'armée, et qu'il ne permettrait pas qu'on lui portât la moindre atteinte. < Il s'était sincèrement subordonné aux nécessités que lui avait faites l'acte du 16 mai. Il le prouverait, cette fois encore en consentant à remplacer sur les dix généraux compris dans le décret, quatre d'entre eux, plus compromis, politiquement, que les autres. Mais il n'irait pas au delà, ce serait sa dernière concession. >

Le ministère se trouvait ainsi en face de la crise suprême. Placé entre les engagements qu'il avait pris en entrant au Pouvoir, qu'il avait renouvelés tout dernièrement devant la Chambre, laquelle avait déclaré qu'elle comptait sur nous pour lui donner les satisfactions qu'elle attendait; entre ces engagements et la résistance du Maréchal, qu'allait-il faire? M. Dufaure, le moins porté d'entre nous à céder aux entraînements de la Chambre dont son expérience lui faisait entrevoir les suites prochaines, se montrait pourtant résolu à maintenir les droits du ministère. Le Maréchal éprouva alors les plus violentes émotions, et il s'en exprima devant nous avec une sincérité d'accent qui découvrait les combats dont son âme était le théâtre. — On voulait le déshonorer, on voulait lui faire déserter et trahir les intérêts de l'armée, on voulait le contraindre à frapper ses vieux compagnons d'armes, jamais il ne s'y résoudrait! Et ainsi les luttes pénibles du commencement se reproduisaient sous nos yeux.

Le 29 janvier, M. Dufaure nous réunit en conseil dans son cabinet de la place Vendôme, et là, chacun de nous dut prendre ouvertement parti dans cette grave conjoncture. Je le fis comme les autres, et j'en donnai mes raisons. Je reconnaissais que le Maréchal avait pour lui le texte de la loi, qui autorisait le gouvernement à maintenir les of&ciers généraux dans leurs commandements, au delà de trois années, quand le besoin du service l'exigeait. Mais je me plaçais sur le terrain politique. Je rappelais que nous étions nés d'un conflit entre le Parlement et le Pouvoir présidentiel, et que notre entrée aux afl'aires avait consacré la victoire du Parlement. Je disais que nous ne pouvions, sans mentir à notre origine, céder à une volonté qui semblait être un retour vers le Pouvoir personnel. Nous le pouvions d'autant moins que nous avions fait tout dernièrement avec la majorité un nouveau pacte dont la clause essentielle portait précisément sur le point vif du personnel gouvernemental. C'était donc une partie engagée entre le Pouvoir présidentiel et le Pouvoir ministériel. Nous ne pouvions céder.

Cette opinion fut adoptée à l'unanimité, et je constatai, non sans étonnement, la fermeté avec laquelle M. Dufaure la soutint et la défendit même devant le Maréchal. Cette sorte d'intrépidité dans la résistance ne lui était pas habituelle, surtout dans ses rapports avec M. de Mac-Mahon. Que se passait-il au fond de l'àme de ce vieux libéral, placé entre un devoir rigoureux, une certaine sympathie pour M. de Mac-Mahon, de vagues pensées peut-être, que d'ailleurs pouvaient à très bon

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