‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 163 sur 171 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

envoyé à Alger : t Hier, disait-il, à l'élection du Président de la République, quelques voix se sont portées sur mon nom sans que j'aie été informé en aucune façon de cette petite manifestation que je n'ai apprise qu'au moment du vote et contre laquelle j'ai protesté. Je tiens à ce qu'on le sache bien à Alger. »

C'est dans ces conditions que s'ouvrit cette journée remplie par une longue suite d'événements : la démission du Maréchal, la réunion des Chambres, l'Assemblée nationale, l'élection de J. Grévy, et l'organisation immédiate du nouveau régime. Le tout, avec un calme, avec une régularité, avec cette sorte d'ensemble harmonieux, qui donne aux faits de l'histoire un caractère de grandeur frappante, et qui laisse dans l'âme des témoins un souvenir inefTaçable. La fortune a voulu que j'aie plusieurs fois assisté à des spectacles pareils. Toujours, quand les circonstances sont par elles-mêmes solennelles, j'ai vu le peuple, le parlement, les grands corps de l'État, s'élever, par un sentiment spontané, à la hauteur qui convient, lorsque sous leurs yeux se déroulent dans une action décisive les destinées de la patrie. Et la France y ajoute je ne sais quel sens artistique qui, dans ces journées, donne aux manifestations de l'âme nationale un caractère de vraie beauté.

Nous étions réunis à une heure, dans notre salle de conseil, à Versailles. Quelle différence avec la soirée du 43 décembre 1877, à l'Elysée, quand le Maréchal vaincu avait présidé notre première séance i Cette fois, il entra souriant, de belle humeur, nous serra la main avec une urbanité parfaite et plus d'aisance qu'il n'en avait d'ordinaire avec nous. Il s'assit et aussitôt il nous dit : t J'ai vu M. Dufaure, je l'ai entretenu de la situation actuelle» «t je lui ai déclaré que j'étais disposé à me retirer. Je ne crois pas que depuis lors il y ait eu de changement,

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D'ailleurs, le public est préyenii de ma résolution, en aocon cas je ne pourrais rester. Je ne vois pas par qui je serais soutenu, je ne prendrais pas un antre ministère que vous. Et dans cet état de choses, je n'ai qu'à donner ma démission. Je tous la donne sous la forme d'un message adressé aux Chambres. > — Puis il nous lut sa lettre.

Dans cette salle dépendant du palais du Grand Roi, ce chef d'État dont le nom avait été mêlé à tous les actes importants de notre histoire contemporaine, remettant le pouvoir dont il avait été investi entre les mains des représentants de la nation; et cela sans phrases, sans attitude théâtrale, avec une dignité simple et noble I Ce spectacle avait son éloquence; il était de nature à frapper des esprits pénétrés du sens des événements et des choses. Nous étions silencieux et dans une attitude de respect. J'avais été frappé, pendant la lecture de la lettre, de quelques mots qui paraissaient avoir un sens de reproche contre nous et presque de dépit. Je pris sur moi de le lui faire remarquer, en m'adressant sans le dire à un sentiment de noblesse et de générosité de l'homme qui ne daigne pas se plaindre. Sans autre réflexion, « si vous pensez, dit-il, que le passage pourrait être interprété ainsi, vous avez raison », puis il prit une plume et biffa tout un paragraphe de sa lettre, qu'il nous remit en double, une pour M. Dufaure et l'autre pour moi. Il se leva pour nous faire ses adieux en termes pleins de bonne grâce, et il nous donna l'assurance qu'il ne ferait rien, et ne permettrait pas qu'en son nom on ftt rien qui pût être une cause d'embarras ou de préoccupation pour la République. Puis il sortit de la pièce où nous nous tenions*

Le septennat qui devait durer jusqu'au mois d'oc* tobre 1880 avait pris fin.

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