‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 164 sur 171 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Je portai la lettre à la Chambre des députés qui était déjà en séance. Je la remis au Président, M. Grévy, qui se leva immédiatement, et dit :

< Je reçois de M. le Président de la République, une lettre que je place sous les yeux de la Chambre.

Monsieur le Président de la Chambre des députés,

Dès l'ouverture de cette session, le ministère vous a présenté un programme des lois qui lui paraissaient, tout en donnant satisfaction à l'opinion publique, pouvoir être votées sans danger pour la sécurité et la bonne administration du pays. Faisant abstraction de toute idée personnelle, j'y avais donné mon approbation, car je ne sacrifiais aucun des principes auxquels ma conscience me prescrivait de rester fidèle.

Aujourd'hui, le ministère, croyant répondre à Topinion de la majorité dans les deux Chambres, me propose, en ce qui concerne les grands commandements militaires, des mesures générales que je considère comme contraires aux intérêts de l'armée, et par suite à ceux du pays. Je ne puis y souscrire.

En présence de ce refus, le ministère se retire. Tout autrje ministère pris dans la majorité des Assemblées m'imposerait les mêmes conditions.

Je crois dès lors devoir abréger la durée du mandat qui m'avait été confié par l'Assemblée nationale. Je donne ma démission de Président de la République.

En quittant le pouvoir, j'ai la consolation de penser que, durant les cinquante-trois ans que j'ai consacrés au service de mon pays, comme soldat et comme citoyen, je n'ai jamais été guidé par d'autres sentiments que ceux de l'honneur et du devoir, et par un dévouement absolu à la patrie.

Je vous invite, monsieur le Président, à communiquer ma décision k la Chambre des députés.

Veuillez agréer l'expression de ma haute considération.

Maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta.

Aussitôt après, fut formée l'Assemblée nationale dont la séance s'ouvrit à quatre heures et demie. Sur 743 vo-

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tants, il y eut 43 bulletins blancs ou nuls, M. Grévy obtint 563 suffrages, le général Chanzy 97, Gambetta 5^ le général de Ladmirault i, le duc d'Aumale i, le général de Galliffet 4. M. Grévy fut proclamé président de la République pour sept ans.

A sept heures cinquante minutes, la Chambre des députés reprit sa séance. M. Paul Bethmont, vice-président, lut la lettre suivante :

Monsieur le yice-président,

« C'est avec un profond regret que je vous adresse ma démission de la Présidence de la Chambre des députés.

Je remercie encore une fois mes collègues de la sympathie dont ils n*ont cessé de m'honorer et qui me suivra, je Tespère, dans mes nouvelles fonctions.

Je vous prie, monsieur le vice-président, d'agréer l'assurance de ma haute considération.

JuLBS Grévy. »

On fixa au lendemain la séance dans laquelle devait être élu le nouveau président de la Chambre. Ce fut Gambetta qui remplaça M. Grévy au fauteuil.

Aussitôt après la levée de la séance de la Chambre des députés, le conseil des ministres s'était rendu dans un des salons du palais de Versailles où se tenait le nouvel élu. M. Dufaure lut d'abord le procès-verbal de l'élection, puis il adressa au nouveau président une allocution très digne, sur un ton visiblement ému :

« Le conseil est heureux, dit-il, d'avoir l'honneur de saluer le premier le Président élu de la République. L'Assemblée ne pouvait choisir un citoyen plus digne de cette haute magistrature par l'intégrité de sa vie, par la fermeté de ses convictions et par les services rendus à la République. Nous venons vous féliciter, monsieur le Président, vous offrir l'hommage de nos respects et vous donner l'assurance de notre dévouement. En même temps, nous remettons entre vos mains nos

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