‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 165 sur 171 · CHAPITRE Vil 3H · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil 3H

démissions. Nous resterons en charge jusqu'au jour où vous aurez composé votre ministère. »

Tout cela dit avec émotion, la voix tremblante, et dans un état où j'ai très rarement vu M. Dufaure que Ton aurait cru réfractaire à tout entraînement. Je vis alors, encore une fois, que ce vieux cœur renfermé dans une écorce si rude était accessible aux émotions les plus variées de l'âme.

M. Grévy fut guindé et froid. Était-ce l'embarras de sa récente grandeur? Était-ce prémédité? Était-ce crainte de se livrer dans le premier moment? Je ne sais, mais je fus choqué du contraste de l'attitude et du langage de ces deux hommes. On aurait aimé à voir en lui un peu d'effusion en présence d'un vieillard dont la vie avait été aussi belle que la sienne, qui avait plus longtemps que lui subi l'épreuve, et qui, alors qu'il pouvait se comparer, avait témoigné d'une sorte d'humilité non sans grandeur. M. Grévy ajouta, il est vrai, qu'il espérait que M. Dufaure voudrait bien garder la présidence du conseil en lui conservant son concours; mais froidement, et comme un homme qui débite une formule de politesse. Dans les jours qui suivirent, il réitéra une seule fois devant moi son ofire. Peut-être l'a-Ml fait avec plus d'insistance dans ses entretiens privés avec M. Dufaure; mais je pense qu'il ne désirait pas le retenir. C'était aussi l'idée de M. Dufaure, qui, dans une conversation que j'eus avec lui beaucoup plus tard, me dit qu'il avait répondu à M. Grévy : < Je ne pourrais conserver la présidence du conseil qu'à la condition d'être très sûr que vous me soutiendrez dans trois ou quatre questions que je lui énumérai, telle que l'amnistie. J'ai insisté à plusieurs reprises, mais je n'ai pu obtenir de lui ni engagement ni promesse d'aucune

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sorte. J'ai compris que je ne serais pas soutenu et je n'ai pas accepté la présidence du conseil, pensant bien qu'au bout de huit jours la Chambre m'aurait renversé. > C'est à cette occasion que M. Dufaure prononça ce mot : < Il faut des hommes nouveaux à des circonstances nouvelles I > A partir de ce jour, en efTet, tout fut changé, et la République, entre d'autres mains, a couru d'autres destinées.

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