‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 168 sur 171 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

ciant comme de juste de l'honneur qu'il ne me réservait pas, d'ailleurs. Mais puisqu'il me consultait, je lui dis que tous mes collègues méritaient d'être président, ex- <:epté moi; et que, puisqu'il fallait faire un choix, je désignerais M. Waddington — et j'en donnai mes raisons. Il voulut bien me dire qu'il partageait mon sentiment; et je revins au ministère, chargé de la précieuse mission de faire connaître à mes collègues le nom de leur président.

Je ne restai dans ce ministère qu'un mois à peu près. Je n'eus donc le temps ni de combattre pour une politique personnelle, ni de faire la volte-face qui eût été nécessaire pour me prêter à celle des autres. Et je n'en avais nulle envie. Un jour même, je priai M. Grévy de réunir le conseil, que je voulais entretenir de la situation de plus en plus précaire faite au gouvernement par les prétentions envahissantes du Parlement dans nos affaires, et des mesures qu'il y avait à prendre en commun pour défendre les prérogatives du Pouvoir exécutif. Je proposais la résistance à des pratiques funestes pour l'ordre et pour la chose publique, et qui ont fait depuis du gouvernement une véritable anarchie à l'intérieur. J'entends parler des interventions du Parlement dans les affaires administratives et dans les questions du personnel. On approuva beaucoup mes bons sentiments, mais je ne tardai pas à m'apercevoir que ces sentiments n'étaient pas faits pour me concilier les bonnes grâces des parlementaires ni de celui qui les menait. Je quittai le ministère quelques jours après.

La conclusion du récit que je viens de faire se tire d'elle-même. Sans m'étendre à ce sujet en considéra-

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tions qui pourraient paraître empreintes d'un sentiment trop personnel, je formulerai volontiers cette conclusion en transcrivant ici deux propos dont l'un me fut tenu directement, et l'autre me fut rapporté aussitôt qu'il avait été tenu. Un fonctionnaire, hier sous mes ordres, dit le lendemain : t Enfin! on va doncgou- | verner républicainement î » Un autre fonctionnaire, — ' la vérité me force à dire que c'était un homme d'un ( rare esprit, d'ordre tout à fait supérieur, dans une | visite qu'il me faisait, me dit: « Le charme est rompu. » ' Il entendait par là que lui et moi nous avions fait un { joli rêve : une démocratie libre sous un gouvernement i vraiment national 1 — Beau songe, en effet, mais qui ' peut redevenir encore une réalité 1 |

Les deux propos expriment exactement la situation de la politique intérieure, à la fin de la période que je viens de raconter.

Nous avions conçu la pensée, sortie plus encore des •événements que de notre cerveau, de fonder, à la suite •de tant de révolutions et pour les clore, un régime politique pour la France et par la France, qui renouât la chaîne de ses traditions, qui donnât satisfaction à ses intérêts et à ses aspirations toujours plus, hautes. Les partis, après une courte halte dans la guerre qu'ils se font depuis cent ans, halte pendant laquelle un généreux élan les avait réunis pour la défense nationale, avaient entravé cette œuvre de réorganisation et de reconstruction. Tous ces partis ont leur part de responsabilité dans l'échouement de notre entreprise. Celui d'entre eux qui avait fini par triompher de tous les autres, du parti néo-républicain ou Centre gauche, aussi bien que des partis monarchistes, fut le vieux parti républicain qui, lui aussi, quelles que soient ses prétentions contraires, représente un ancien régime. Il a

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