‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 19 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Od comprend que l'état des choses et des esprits, à la veille du i6 mai, pouvait faire prévoir aux esprits attentifs etsagaces un brusque changement quelconque, lorsqu'on avait vu Jules Simon, pendant les quelques mois de son gouvernement, vivre si difficilement, entre la Droite et la Gauche, sans contenter personne.

Le Maréchal, placé comme une sentinelle à la tête de l'État, sans préparation, et tenu depuis en charte privée à rÉlysée, tant par les soins intéressés de son entourage que par le mauvais vouloir des républicains, connaissait mal la politique, et pas du tout les personnes, sur* tout celles qui de près ou de loin étaient comptées parmi les membres de la Gauche. Il était à leur égard rempli de préventions. Et il était difficile qu'il ne gardât pas ces préventions, puisqu'il n'avait pas connu les hommes politiques de l'Assemblée nationale, si ce n'est les demeurants du second Empire, qu'il avait pu rencontrer au Sénat impérial dans les rares occasions où il siégeait, ou encore dans les cérémonies publiques.

Dès son élévation à la Présidence, il trouva devant lui, dans toute la Gauche de l'Assemblée, un adversaire irréductible, sans qu'à aucun moment depuis, aucun rapprochement ait permis de rompre la glace. On nous représentait à lui comme les perturbateurs de cet ordre moral, dont on l'avait constitué le défenseur, la forme du gouvernement étant indifférente, lui disait-on, devant le péril social. Gomment donc, puisque la République n'était pas en cause, persistions-nous dans nos hostilités contre l'Elysée, si ce n'est parce que nous pactisions, les uns par faiblesse, les autres par volonté

préconçue, avec les fauteurs d'une révolution sociale? Ce raisonnement devait frapper l'esprit droit de ce soldat, qui ne soupçonnait pas les chausse-trapes, ni les roueries de la politique, et a qui ses conseillers ne faisaient pas connaître tous leurs desseins. Et nous, prévenus de notre côté, nous n'ajoutions qu'une foi médiocre à sa neutralité de simple sentinelle.

Malgré les efforts très sincères de sa part, et de la part de ses ministres, pour faire cesser ces malentendus, pendant le premier ministère Dufaure, formé après le vote de la Constitution de 4875, les défiances et les soupçons entretenus par des gens intéressés persistaient toujours; et l'entrée de Jules Simon au pouvoir ne fit que les accuser davantage, loin de les faire cesser. Ainsi Tesprit du maréchal était resté fermé aux hommes de Gauche par dignité, inquiet, troublé, parfois irrité, et presque à l'état habituel de guerre, Une question, qui a été le vrai levain de la politique de ce temps-ci, la question religieuse, devait porter jusqu'à l'exaspération les sentiments aigris de tout ce personnel politique et mondain, en proie à une sorte de délire de la discorde.

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