CHAPITRE III
prononcé à Toulouse le 16 décembre 1896, M. Bourgeois disait : t Est-ce que le parti républicain tout entier, sans distinction de nuances, ne se serait pas levé lorsque, par exemple, la question de la laïcisation des écoles a été posée devant la Chambre ? N'aurait-on pas retrouvé ce qu'on appelle, dans notre histoire nationale, les 363 ? Cette nécessité de l'état laïque et neutre n'était-elle pas une vérité éclatante aux yeux de tous les républicains? Aurait-on pu imaginer qu'une Chambre républicaine semblât adopter une formule douteuse à cet égard ? »
En parlant ainsi, M. Bourgeois a pu donner à son auditoire l'illusion de croire que, lors de la campagne électorale des 363, la question de laïcisation des écoles était agitée dans le pays et embrassée avec passion par les 363. C'est lier la cause de la République à une thèse philosophique où plutôt antiphilosophique; et ce peut être habile delà part du chef du parti radical-socialiste, mais cela n'est pas conforme à la vérité historique. Si quelques hommes de la Gauche, au fond de leur esprit, résolvaient alors la question religieuse dans le sens où elle l'a été depuis, ils se gardaient bien de le dire trop haut, parce que le pays était plus qu'étranger à ces passions de discordes civiles, à ces haines de sectes, que l'on a déchaînées plus tard. Et quant à nous, membres du Centre gauche, tout entiers à l'œuvre de la fondation du régime, nous n'imaginions pas que le parti républicain pût avoir l'idée de compromettre cette entreprise, en suscitant dans la nation des querelles religieuses et des inquiétudes propres à éloigner de la République tant de bons Français, et à les empêcher de s'y rallier.
Ce qui est seulement vrai, c'est que de plus en plus, vers la fin de l'Assemblée nationale, et au début du
régime républicain eonstitutionnel, les luttes entre les partis revêtaient la forme de querelles religieuses. Dans le feu des combats de chaque jour on n'en discernait pas nettement la cause. On la connaît mieux aujourd'hui. Les événements postérieurs nous ont éclairés sur la vraie nature des idées et des passions, qui agitaient, dès ce moment-là, Tàme des partis.
Les affaires des enterrements civils qni se multipliaient avec le caractère de manifestations politicoreligieuses avaient dégénéré en scandales publics, par la signification que, dans la presse et dans la Chambre, on affectait de leur donner. L'armée se trouvait mêlée à ces tristes débats parce que, dans certaines circonstances, on avait eu des doutes sur le rôle qu'elle devait jouer, dans les honneurs à rendre aux membres de la Légion d'honneur qui se faisaient enterrer civilement. Nous eûmes l'idée de couper court à ces difficultés en proposant une loi qui supprimait les honneurs rendus par l'armée aux légionnaires décédés. Ce projet — j'en demande pardon aux Divinités supérieures qui président aux destinées des ministres — donna lieu à quelques incidents, où quelque chose de vraiment comique se mêlait au sérieux. Le comique fut de voir avec quelle passion violente de farouches démocrates réclamaient les honneurs militaires pour la dépouille mortelle des légionnaires. Un de ces incidents — assez grave celui-là — se termina fort galamment d'ailleurs, entre M. le général Berthaud et moi, au conseil des ministres, dans le cabinet de M. Dufaure, place Vendôme. Il n'en reste plus, hélas ! qu'un seul témoin, M. Albert Christophle, alors ministre des Travaux publics.