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CHAPITRE III

Les changements opérés dans le ministère à l'avènement de Jules Simon n'arrêtèrent ni les croisades d'un côté, ni l'excitation des esprits de l'autre. Non seulement les fidèles faisaient de la politique sous couleur de religion, mais le clergé lui-même s'en mêlait. Il semblait, et son attitude autorisait à dire que le clergé, sous l'influence d'inspirations bien différentes de celles qui ont prévalu depuis sur le siège de Saint-Pierre, avait pris parti dans la lutte engagée par le parti monarchiste contre la République. Il perdait de vue que le pacle de Bordeaux avait pris fin; que ce pacte était remplacé par un gouvernement régulier, auquel il devait obéissance. Il avait trop souvent oublié, dans l'ardeur des polémiques, jusqu'aux sentiments chrétiens. Et enfin, avec les ardeurs d'un zèle intempestif et surchauffé, il allait jusqu'à mettre en cause un gouvernement étranger, lui jeter en quelque sorte un défi, et prêcher le rétablissement du pouvoir temporel, ce qui n'allait à rien moins qu'à engager la France dans des embarras de politique extérieure des plus graves. Et il était aidé, excité, conduit par des laïques qui, sous le prétexte ou dans la pensée erronée mais sincère que les croyances religieuses étaient menacées, se servaient de ces mêmes croyances pour batlre en brèche la République, et travaillaient ouvertement à la restauration d'un trône.

Les exubérances de zèle en fait de foi religieuse, les

manifestations outrancières, les excès de langage et de

gestes dans cet ordre d'idées et de faits qui touchaient

• à ce qu'il y a de plus intime dans Fâme humaine, ont

en soi quelque chose de malséant qui blesse un senti-

ment très commun chez nous, et qui est fait de mesure, de goût, de respect aussi pour les choses de la religion, quand on sent qu'elle est vraie et par conséquent intérieure. Auprès des gens qui sont dégagés de croyances ou qui se croient tels, des fautes ou des maladresses de ce genre sont tournées en ridicule ou suscitent des colères, chacun selon son humeur. Mais chez tout le monde elles causaient une irritation très vive, du moment où on y voyait poindre la politique, où Ton pouvait soupçonner que, par un genre nouveau de simonie, on mêlait Thumain et le divin dans des promiscuités choquantes, où ce qu'il y a au monde de plus respectable prenait le masque de l'hypocrisie, celui de tous les vices peut-être qui inspire aux Français le plus de mépris.

Ces erreurs de conduite du clergé et des simples laïques, étaient sévèrement jugées dans le parti républicain, avec regret par les uns, avec une satisfaction mauvaise par les autres, parce que c'étaient des armes qu'on leur fournissait; mais chez tous elles causaient une impression pareille. On les imputait aux sentiments présumés, à la volonté décidément arrêtée de la Droite et des amis qu'elle avait à l'Elysée de renverser la République. Et, par une réciprocité presque fatale, à l'Elysée et dans la Droite, toutes les manifestations de mécontentement et d'irritation de la Gauche à ce sujet, étaient prises pour des marques certaines d'une hostilité voulue et violente contre l'Elysée. On signalait au Maréchal les hommes les plus en vue du parti républicain comme des ennemis de la religion, et, par conséquent, de l'ordre moral dont il était constitué le gardien; et il interprétait avec la rigueur, avec l'esprit autoritaire d'un soldat, ce qu'il s'était habitué à considérer comme sa consigne. Préoccupation du devoir infiniment

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