‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 23 sur 171 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

respectable et qu'on souhaiterait chez tout le monde, lûais qui eût voulu, dans les circonstances compliquées où Ton se trouvait, un discernement impeccable, et qui devait conduire un jour ou l'autre le Maréchal à commettre un acte d'autorité.

Ce n'est pas que tout acte d'autorité soit interdit au président de la République. Sous ce rapport, l'interprétation donnée à la Constitution par les successeurs du Maréchal et par les docteurs en droit public de ce temps-ci, n'a pas toujours été conforme à son texte ni à son esprit. La fonction présidentielle n'est pas celle d'un roi fainéant ou, selon l'expression brutale de Bonaparte, je crois, celle d'un porc mis à l'engrais. La Constitution lui donne des pouvoirs étendus et les moyens d'en user; et s'il ne s'en sert pas quand il le faut, ce n'est pas la Constitution qui est coupable. Cela, du moins, était vrai au début du régime : ce ne l'est plus depuis que la Constitution, par l'usage, a été entièrement déformée.

Le Maréchal était aussi dans une situation toute particulière. Ses pouvoirs lui avaient été continués par la Constitution de i875; mais ils lui avaient été conférés par TAssemblée nationale; et il pouvait se figurer que cette Assemblée lui avait transmis une part de sa propre souveraineté. Cette idée se trouve dans la lettre qu'il écrivit à Jules Simon, et dans laquelle, ne tenant aucun compte des Chambres de qui il ne tenait pas ses pouvoirs, il parle de sa responsabilité propre à l'égard de la France. .

C'est cette responsabilité qu'il croyait engagée dans la politique même, plus encore que dans les affaires

religieuses. Il ne partageait pas, à l'égard de celles-ci, les opinions excessives ou pieusement intéressées de son entourage et des violents de la Droite. Mais il tenait que le respect des choses de religion faisait partie du bon ordre ; et, autour de lui, on ne se faisait pas faute de faire entrevoir à son esprit, rendu inquiet, un redoutable mouvement révolutionnaire et sectaire à la fois, envahissant toute la Gauche, depuis les extrémités jusqu'aux centres, et qu'il était de son devoir strict d'arrêter.

Je suis très porté à penser que sa seule préoccupation était de restaurer le principe d'ordre dans l'état républicain à la tête duquel il était placé, et qu'il ne songeait pas à favoriser les projets de renversement qui s'agitaient dans les milieux politiques et mondains dont il se trouvait être, sans l'avoir voulu, l'instrument. Il crut très sincèrement que Jules Simon était Totage de la gauche radicale, et que sa présence à la tête du ministère ne pourrait qu'empirer les choses. Il voulut sortir de ce cercle dans lequel il se regardait comme enchaîné et impuissant contre des dangers qu'il s'exagérait. Il devait souffrir dans sa droiture et dans ses habitudes militaires, et trouver indigne de lui de simuler une confiance qu'il n'avait pas; de conserver des rapports officiels et nécesssaires avec un homme qu'il n'aimait point, et que l'on s'était plu sans doute à lui dépeindre sous les couleurs qui devaient le plus déplaire à un soldat. Il était prêt pour un coup de tête; et c'est en eflet ce caractère que prit l'acte auquel il se résolut, acte qu'il aurait pu accomplir très constitutionnellement, dans la limite de ses pouvoirs de Président, et qui n'eût point pris un faux air de révolution, s'il avait agi avec plus d'opportunité et autrement.

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