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CHAPITRE III

La résolution du Maréchal fut précipitée par quelques incidents parlementaires qui s'étaient produits au commencement du mois de mai.

Les manifestations cléricales, je veux dire politicoreligieuses, avaient redoublé depuis plusieurs mois; et il semblait, à en juger par la polémique passionnée des journaux, qu'elles étaient encouragées, sinon provoquées, par le Vatican où siégeait alors le pape Pie IX. C'était la cause du pape plutôt encore que celle de l'Église de France que Ton mettait en jeu : on sommait le gouvernement de se porter au secours de la Papauté. Volontiers eût-on prêché la croisade. Des évoques, et non des moindres, Mgr de Nevers et Mgr de Nîmes, réclamaient, dans des mandements, le rétablissement du pouvoir temporel des papes. Et enfin on faisait, avec grand tapage, signer un grand nombre de pétitions dans lesquelles on demandait au gouvernement français « d'employer tous les moyens qui sont en son pouvoir pour faire respecter l'indépendance du Saint-Père, sauvegarder son administration, et assurer aux catholiques de France l'indispensable jouissance d'une liberté plus chère que toutes les autres, celle de leur conscience et de leur foi » .

Pour se rendre compte de l'agitation que causaient de telles menées, il faut se reporter à ce temps-là, où chaque mot de cette pétition, que l'on prendrait moins au tragique aujourd'hui, avait un sens de défi et de guerre à l'adresse du parti républicain tout entier. On s'indignait d'un tel aveuglement, de celte méconnaissance du patriotisme, de ces manifestations plus ou

moins sincères qui allaient jusqu'à troubler non seulement la paix civile, mais encore la paix au dehors. On se demandait, ou plutôt on se disait d'où partaient toutes ces provocations; et on s'étonnait de l'inertie prétendue du gouvernement qui faisait pourtant ce qu'il pouvait pour réprimer ou pour empêcher ces excès. Le gouvernement, hélas ! était quelque peu embarrassé avec son programme profondément conservateur et profondément républicain, que l'Elysée et la Chambre tiraient à eux, chacun de leur côté.

Tout le parti républicain se resserrait de plus en plus en une sorte de groupe unique, pour la défense des institutions que tous croyaient menacées. Ce fut l'origine de cette politique de concentration, adoptée alors, dans la lutte pour la vie, et qui a eu des conséquences si funestes, lorsqu'on l'a continuée plus tard dans des vues très différentes. Sous le coup de cette émotion générale, les Gauches de la Chambre résolurent de déposer une demande d'interpellation qui fut signée par les Présidents des trois groupes, MM. Laussedat, Leblond et de Marcère, « sur les mesures que le Gouvernement se proposait de prendre pour réprimer les menées ultramontaines ».

La discussion de cette interpellation, maintenue d'abord dans le ton mesuré d'un débat juridique et de politique modérée par M. Leblond, prit une allure plus vive et plus violente lorsque, le lendemain, Gambetta prit la parole et dénonça sans ménagements les menées visées par les interpellateurs. Ce fut ce jour-là qu'il réitéra la déclaration fameuse : Le cléricalisme^ voilà

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