‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 25 sur 171 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Fennemi, oracle où l'on peut mettre tout ce qu'on veut, mais qui a eu, à cette époque et depuis, la signification d'un cri de guerre et non pas seulement d'un cri d'alarme. Jules Simon, sous le coup des attaques de son propre parti, soit par la nécessité de se défendre, soit que, poussé à bout, il fût amené à découvrir sa vrai« pensée, sortit de l'attitude pleine de ménagements qu'il avait gardée jusqu'alors. Il se défendit d'être un clérical, et de telle façon, qu'il fournit à ses ennemis un prétexte pour dire qu'il était en effet tout le contraire, et pour le perdre définitivement dans l'esprit du monde conservateur. Ce débat fut suivi d'un ordre du jour ainsi conçu : « La Chambre, considérant que les manifestations ultramontaines dont la recrudescence pourrait compromettre la sécurité intérieure et extérieure du pays, constituent une violation flagrante des droits de l'État, invite le Gouvernement, pour réprimer cette agitation, à user des moyens légaux dont il dispose, et passe à l'ordre du jour >. Il fut remarqué que le mot de confiance ne se trouvait pas dans l'ordre du jour, ce qui montrait que la majorité soutenait le ministère d'assez mauvaise grâce. Et, à l^Élysée et dans les alentours, on interpréta cet ordre du jour comme une injure adressée au Pape, et comme dénotant l'esprit qui animait la Gauche tout entière, non contre Tultramontanisme seulement, mais contre la religion.

On a dit que, dès cette journée du 4 mai, la perte de Jules Simon était résolue. Je ne pense pas que ce soit vrai, du moins de la part du Maréchal. Mais, à partir de ce jour-là, les hcHnmes qui avaient menacé Jules

Simon de lui enlever le pouvoir s'il ne marchait pas droit, c'est-à-dire dans leurs voies, reprirent avec plus de vigueur leur travail de démolition. Manifestement on obsédait le Maréchal. On accumulait les griefs vrais ou faux contre Jules Simon, et on faisait de plus en plus entrer dans son esprit l'idée qu'il devait se séparer du président du Conseil. Mais il fallait une occasion : il la cherchait sans doute. Celle du 4 mai ne lui parut pas bonne. Il crut la trouver meilleure dans des discussions qui eurent lieu à la Chambre, sur des projets de loi tout à fait étrangers à la cause religieuse. C'était peutêtre ce qu'il voulait.

Le 13 mai, on discutait à la Chambre la loi municipale, et la Chambre vota le principe de la publicité des séances des conseils municipaux. Jules Simon ne prit pas part à la délibération; il n'assistait même pas à la séance. Le Maréchal attachait un intérêt majeur d'ordre public à cette affaire de la publicité des séances des conseils municipaux; le Conseil des ministres en avait délibéré, et on a dit que Jules Simon s'était engagé envers le Maréchal à résister sur ce point à la Gauche de la Chambre. On s'étonne aujourd'hui de ces frayeurs, comme si l'on ne connaissait pas l'importance exagérée que les partis donnent à ce qui les occupe. La passion grossit tout. Nous-mêmes, membres de la majorité républicaine, lorsqu'en 1883 nous examinions, en commission, la loi municipale du 5 avril 1884, nous hésitâmes longtemps à introduire ce même principe dans la loi. Mais alors c'était, pour l'Elysée, une proposition révolutionnaire; et pour la Gauche, s'y opposer était un crime.

Deux jours après, le 15 mai, on discutait à la Chambre un projet relatif à l'abrogation du titre II d'une loi votée le 29 septembre 1875, quelques jours avant la se-

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