‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 28 sur 171 · CHAPITRE IV • *S · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV • *S

serve, sûr la Chambre, rinfluence nécessaire pour faire prévaloir ses vues.

' Une explication à cet égard est indispensable, car si je ne suis pas responsable, comme vous, envers le Parlement, j'ai une responsabilité envers la France, dont aujourd'hui, plus que jamais, je dois me préoccuper.

Agréez, Monsieur le président du conseil, l'assurance de ma haute considération.

Signé : Le Président de la République, Maréchal de Mag-Maron.

Mille bruits coururent sur les circonstances dans lésquelles cette lettre avait été écrite; et toutes ces versions apocryphes se ressentaient de l'opinion que nous avions sur Tétat d'esprit qui régnait à TÉlysée^ et sur les conseils dont nous supposions que le Maréchal subissait l'obsession.

Très longtemps après, j'eus l'occasion de recueillir, à ce sujet, le témoignage d'un très galant homme, d'une véracité absolue, et qui était placé au premier rang pour savoir comment les choses s'étaient passées. Je parle ici du colonel Robert qui était alors secrétaire général de l'Elysée. Je transcris presque textuellement 8on récit.

On apportait les journaux de grand matin au Maréchal, qui lisait VOfficiel tout au long, — il aimait ce journal. Le matin donc du 16 mai, il lut la séance de la Chambre; et il fut vivement impressionné sans doute par l'attitude des ministres, qui avaient laissé voter, sans mot dire, l'abrogation d'une loi de 1875 sur la presse. Tous ceux qui l'ont approché savent qu'il était sujet à des mouvements d'impatience, et ces mouvements étaient d'autant plus impétueux, quand, par force, il avait dû les contenir plus ou moins longtemps;

et déjà plusieurs fois, — j'en pourrais citer les témoins, — il s'était plaint que l'on ne tint pas les engagements pris en conseil des ministres. Il était environ huit heures. Personne n'était encore arrivé à l'Elysée, sauf le général Broyé qui avait coutume d'accompagner le Maréchal dans sa promenade à cheval, et qui, ajoutait mon interlocuteur, était le plus dévoué, le plus sûr et le meilleur des hommes. Plût à Dieu que le Maréchal n'eût pas eu d'autres conseillers auprès de lui I Ni M. d'Abzac, ni M. Em. d'Harcourt n'étaient arrivés. « Tenez, dit-il, mettez-vous là à votre place et écrivez. » Il lui dicta la lettre adressée à M. Jules Simon, et il la fit porter immédiatement. Lorsque plus tard nous arrivâmes. Broyé nous dit : « Oh î oh î un gros événement, plus gros qu'il n'en a l'air! > Et il nous raconta ce que le Maréchal avait fait. C'était lui, et lui seul, qui, après la lecture de VOfficiel, sous l'empire de l'irritation qu'elle lui avait causée, avait accompli l'acte devenu si important par ses conséquences. Dès que ces conséquences apparurent à l'esprit des intimes de TÉlysée, ils eurent l'idée de les arrêter en retirant la lettre. Je crois même qu'on dépécha quelqu'un au ministère de l'intérieur, avec la mission de la reprendre avant qu'elle fût parvenue entre les mains de son destinataire. Mais il était trop tard. M. Jules Simon l'avait lue.

11 l'avait lue, et il allait y répondre. Une correspondance publiée dans le journal la Girande, et qu'il avait manifestement, tout au moins inspirée, nous apprend ce qui se passa alors entre le Maréchal et lui. D'après ce récit, il aurait porté lui-même à l'Elysée sa réponse écrite. Dans l'entrevue qui eut lieu, le Maréchal, selon sa coutume, le laissa parler, sans Tinterrompre. Quand il eut fini, il lui dit : « Monsieur le ministre, j'accepte votre démission. • Et, précisant sa pensée : « Je suis

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