‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 29 sur 171 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

un homme de Droite, a-t-il ajouté, nous ne pouvons plus marcher ensemble. J'aime mieux être renversé que de rester sous les ordres de M. Gambetta. » — « Ceci est textuel, dit le correspondant de la Gironde; je ne saurais trop répéter que j'écris en quelque sorte sous la dictée de personnages possédant des renseignements certains. >

Pour nous, la lettre parut un congé brutal donné à des ministres, c'est-à-dire à la majorité du Parlement : l'impression fut vive. Aussi, le vrai sens de la correspondance ou des entretiens échangés entre les deux principaux personnages, les intentions réelles du Maréchal, le caractère exact de son initiative, tout cela, mieux connu depuis, était, au premier moment, transfiguré, grossi et déformé, dans le trouble qui s'empara de tous les esprits. Là où le Maréchal n'avait pas excédé les limites de son pouvoir, nous ne voyions que de la violence dans Tusage qu'il avait fait de son droit. Nous contestions la légitimité de son acte, accompli contre un ministère resté en possession de la majorité parlementaire. Derrière cet abus de son pouvoir constitutionnel, nous apercevions une agression contre la République. Nos préventions antérieures n'étaient pas faites pour refréner cette impatience des Français qui les mène si vite et si loin, quand ils ne prennent pas le temps de la réflexion.

Il faut d'ailleurs être juste, même pour nous. La dernière partie de la lettre, dans laquelle le Maréchal invoquait sa responsabilité propre envers la France, en dehors du Parlement, avait à nos yeux tout au moins

une apparence de recours à un pouvoir personnel, ce fantôme qui avait toujours hanté nos esprits depuis le 24 mai 1873. Ge n'était pas tout à fait sans raison que les sentiments dont nous étions pleins se donnaient carrière. Nous voyions dans la lettre une marque de dédain et une menace. Une riposte rendue publique du ministre nous eût peut-être calmés.

De même que le Maréchal avait agi sous Tempire de la colère, nous allions, nous aussi, prendre à l'improviste de ces résolutions qui engagent sans retour. Des réunions de groupes furent décidées sur l'heure, et des rendez-vous furent pris. Les trois partis de la Gauche durent se trouver, dans la journée, à Versailles, dans les salles de leurs réunions habituelles; pour le Centre gauche, à l'hôtel des Réservoirs. La Gauche républicaine, présidée ce jour-là par M. Devoucoux, député du Cher, s'était trouvée renforcée d'un grand nombre de députés appartenant à d'autres groupes. On cherchait avidement des nouvelles, une direction et un mot d'ordre,. prêts à suivre le premier qui serait donné. C'est le sort des hommes assemblés surpris par un événement : ils se livrent^ éperdus, à qui les mène.

Gambetta avait proposé une réunion plénière de toutes les Gauches, dans laquelle il serait pris une résolution sur ce qu'il convenait de faire. Plusieurs des assistants, parmi lesquels MM. Pascal Duprat et Bernard Lavergne, s'opposaient à cette proposition. Ils sentaient sans doute que l'on allait s'engager peut-être étourdiment; et déjà ils étaient mis en garde contre le rôle de directeur du parti républicain que, dans ces circonstances critiques, Gambetta paraissait s'attribuer, ou que ses amis le poussaient à prendre. Elle fut adoptée néanmoins, et il fut décidé qu'après avoir consulté les autres groupes, on se retrouverait le soir à Paris,

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