‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 30 sur 171 · CHAPITRE !V · texte numérisé non relu

CHAPITRE !V

au Grand-Hdtel, pour y tenir une réunion plénière.

L'Union républicaine avait pris séance à cinq heures, à Versailles, sous la présidence de M. Floquet, viceprésident. Elle résolut de se rendre au Grànd-Il6tel, à neuf heures du soir, heure fixée pour le rendez-vous.

En qualité de président du Centre gauche, je convoquai mes collègues à une réunion qui aurait lieu le soir à huit heures, chez Nadar, où nous avions une salle pour nos séances tenues à Paris. Je posai la question de savoir si notre groupe devait s'associer à la proposition émanée de la Gauche républicaine, et se rendre à la réunion plénière. Mon avis personnel, qui fut énergiquement soutenu par Bardoux, était que le Centre gauche devait s'abstenir. Ce n'était pas la première fois que des tentatives de réunions plénières avaient été faites. Je sentais qu'elles devaient avoir pour effet, non de grouper des forces, mais d'annihiler les unes au profit des autres; et je n'avais nulle envie de faire servir notre cause à des ambitions personnelles ou au triomphe d'opinions contraires à celles qui caractérisaient notre politique.

' Ce fut un des résultats funestes du Seize Mai, et ce -ne sera pas le seul, d'avoir ouvert l'ère des concentrations, dont on a tant de mal à sortir. Je m'étais toujours refusé à ces réunions plénières. J'en pressentais le danger, qui était, pour nous, en noyant notre politique' dans celle des Gauches, laquelle s'accentuait chaque jour davantage, de lui faire perdre toute sa valeur propre, et d'absorber notre parti dans je ne sais quelle mêlée confuse, où il devait disparaître un jour. Mon avis prévalut ce jour-là, mais de bien peu de voix. Je sentis dès lors l'esprit de défection se glisser dans nos rangs. Ce fut bien pis lorsque, après l'aventure du Seize Mai, après que notre politique avait

triomphé .par la réélection de&363^ et qu'elle avait été .pratiquée,, non sans succès, pendant plus d'un an, la désertion fut à peu près complète. Mais. n'anticipons •pas sur le temp^.

Ma qualité de président du Centre gauche m'obligeait À prendre un rôle dans les événements qui vont suivre; et je dus être mêlé à tout ce qui s'est fait. Ce sera mon excuse de parler de moi.

La fonction de président m'avait été conférée dans des circonstances que j'aime à rappeler, parce qu'elles honorent plus encore mes amis que moi-même. J'ai raconté déjà comment, au mois de décembre 1876, j'avais suivi M. Dufauredans sa retraite. Que l'on quitte le pouvoir, en vérité ce n'est rien, et je n'en ai jamais éprouvé aucune peine. Mais les mauvais procédés mis en œuvre pour vous en écarter, lorsqu'il serait si simple d'en employer d'avouables, laissent au fond du cœur une blessure. C'était une assez piètre intrigue de palais qui avait servi à couvrir des ressentiments personnels pour m'éloigner de la place Beauvau. Et, comme il arrive dans les événements que l'on ne comprend pas, on y cherche mille explications, sans donner la vraie.

Cette explication, ce fut le Centre gauche qui la donna, par un acte qui m'a inspiré une gratitude àans fin. C'était sa politique que l'on avait voulu frapper. Il la releva en me plaçant à sa tête, aussitôt après le coup frappé par rÉlysée. Il n'y a pas, je pense, de joie intime plus profonde que de voir, sans l'avoir cherché,. qu'il nous est rendu justice par les témoins de notre vie. Cette joie, mes amis ma I'qp^ donnée ce jom:«}&« Cela suffit^

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