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CHAPITRE IV

Le discours que je prononçai en prenant possession de la présidence contient réimpression de mes sentiments. J'y rappelais notre politique constante; celle que nous avions affirmée dans un manifeste adressé au pays, à la fin de l'Assemblée nationale, sous la présidence de Bardoux. J'y marquais aussi très clairement les différences qui nous séparaient des autres groupes de la Chambre, différences que nous maintiendrions, ainsi que nous le disions déjà dans notre manifeste du 30 décembre 1875.

La politique à laquelle je me suis attaché n'^est pas compliquée; c'est peut-être une raison pour qu'elle soit bonne. Elle s'adapte aussi, mieux qu'aucune autre dans le temps où nous sommes, au bien public et au bien privé; et elle porte ainsi, en elle, un des signes qui, en politique comme en religion, distinguent la vérité.

Et d'abord, la République m'a paru être la seule forme de gouvernement qui convienne à notre temps. Je ne suis pas, certes, de ceux qui tiennent pour des préjugés ridicules et irritants le lien quasi féodal de fidélité et d'obéissance qui unissait autrefois une classe de citoyens à la Couronne; ni l'attachement à une dynastie, attachement pénétré de respect et raisonné, professé par d'autres classes que la prédilection et l'aide de nos rois avaient élevées aux premiers rangs des magistratures et du gouvernement de l'État; ni les sentiments d'amour quasi filial mêlé de crainte révérencieuse des classes populaires pour la race royale. Je tiens ces sentiiûents pour autant de forces sociales, utiles, nécessaires même, et que nos rois ont d'ailleurs, de tout temps, tournées au profit de la nation. Mais si cet état

de choses est devenu aussi suranné que la Table Ronde des Pairs de Charlemagne, ce n'est pas à nous qu'il faut s'en prendre; et nous n'avons pas choisi notre heure.

Il y a cent ans, la France a adopté un autre régime. Tandis qu'auparavant, autorité, paix publique, bonheur privé, droits et devoirs civiques, tout enfin découlait du trône, elle n'a plus voulu désormais tenir ces biens que d'elle-même. Voilà certes une très noble manière de vivre : être libre et ne devoir qu'à soi-même le bien public et son bien privé. Cette conception politique, les Français l'ont consacrée dans la Déclaration des Droits de l'homme, que les déclamations des écoles ont souvent célébrée avec trop d'emphase, mais qui n'en est pas moins la Charte de l'ère moderne. Et cette déclaration fameuse renferme tout, dans un mot : la Liberté! c'est-à-dire l'ensemble des droits qui constituent la personnalité humaine, droits absolus et imprescriptibles, dans le domaine de la politique s'entend. Rien de plus, mais rien de moins, tout est là

Et comment a-t-on mis cette Charte en œuvre? Pendant toute la durée du siècle écoulé, on a essayé de régimes divers et de formules variées. Rois constitutionnels ou Césars, pour organiser un gouvernement approprié. Et en même temps, les diverses classes de la nation, toutes indistinctement, tantôt en haine de l'ancien régime, tantôt en haine les unes des autres, se sont employées à l'envi, à faire passer l'état social, de hiérarchisé qu'il était, à l'état démocratique. Les Français réalisaient ainsi inconsciemment le rêve des philosophes, et on pourrait dire le rêve des poètes, tant l'idéal conçu et approché est élevé. Ils suivaient au fond l'instinct de la race qui est égalitaire dans l'àme. Rien de mieux. La société française se rapproche ainsi de plus en plus du droit naturel. Mais il est arrivé qu'un

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