‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 33 sur 171 · CHAPITRE IV 5Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV 5Ô

événements de la journée s'était propagée dans Paris; et une foule immense assiégeait, vers dix heures du soir, les abords de l'hôtel. «Le parti républicain avait compris, dès le premier moment, et par cette intuition clairvoyante et rapide qui nous est propre, qu'il devait, garder l'attitude de la force tranquille, compagne du' bon droit. Ce fut Gambetta qui exposa l'objet de la réunion. 11 proposa d'interpeller dès le lendemain à la Chambre le ministère, et de déposer un ordre du jour préparé à l'avance,, et qu'il soumit à l'approbation de la réunion. La' proposition fut adoptée, et on se sépara au milieu d'une, grande agitation qui remuait le boulevard à cette heure.

Le lendemain en effet, 17 mai, M. Devoucoux, président de la Gauche républicaine, demanda à interpeller les ministres sur la crise ministérielle. M. Christophle, seul ministre à son banc, dit qu'il n'avait ni mandat de ses collègues, ni qualité pour donner les explications demandées. 11 proposa qu'on remît le débat au lendemain. Mais Gambetta prit la parole pour développer l'interpellation. Il demeura mesuré et respectueux envers le Maréchal. Le trait saillant de son discours, qui en est aussi le résumé, était dans ce passage : < Nous lui disons : Monsieur le Président de la République, restez dans la Constitution, toujours dans la Constitution; et dédaignez les conseils perfides de conseillers que vous ne trouveriez pas à l'heure des dangers qu'ils auraient eux-mêmes déchaînés. »

Le comte de Durfort de Civrac, au nom de ses amis de la Droite, déclara qu'il tenait cette interpellation, faite en l'abseni^e d'un ministère responsable, pour un acte inconstitutionnel, une entreprise dé violence contre le pouvoir exécutif, et qu'il ne pouvait s'y associer. Sans autre débat, l'ordre du jour préparé la veille fut

voté par 347 voix contre 149 : < La Chambre, considérant qu'il lui importe, dans la crise actuelle, et pour remplir le mandat qu'elle a reçu du pays, de rappeler que la prépondérance du pouvoir parlementaire s'exerçant par la responsabilité ministérielle est la première condition du gouvernement du pays par le pays, que les lois constitutionnelles ont eu pour but d'établir; déclare que la confiance de la majorité ne saurait être acquise qu'à un cabinet libre de son action et résolu à gouverner suivant les principes républicains, qui peuvent seuls garantir l'ordre et la prospérité au dedans et la paix au dehors : et passe à l'ordre du jour. — Signé : Devoucoux et Lepére.

Cet ordre du jour exprimait exactement la signification que nous donnions à l'acte du Seize Mai. Nous montrions ainsi au Maréchal la profondeur du fossé que, seul, il avait creusé entre la Gauche et lui. Tel n'avait pas été sans doute son dessein. Il n'avait eu en vue que d'arrêter court ce qu'il considérait comme l'invasion du radicalisme. Son appréhension, à cet égard, était au surplus prématurée mais non sans fondement. Du reste, à cette heure précise, il ne paraît pas qu'il eût songé à rompre en visière avec le parti républicain tout entier, et divers incidents de la journée permettent de supposer qu'il avait eu tout d'abord l'idée de revenir à un ministère Centre gauche.

M. le duc d'Audiffret-Pasquier, qui était alors président du Sénat, et qu'il avait fait appeler, avait dû l'entretenir dans cette disposition d'esprit. M. le duc Pasquier est un esprit vif, presque bouillant, éloquent

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