‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 4 sur 171 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

journée du sbize mai. — funérailles d'ernest picard

Ce matin-là on célébrait, à l'église Saint-Germainl'Auxerrois, les funérailles d'Ernest Picard. L'église était pleine. C'était une personnalité très en vue qui, après avoir jeté un grand éclat, disparaissait. Au premier rang parmi les hommes qui avaient joué un rôle considérable dans les derniers temps, il semblait qu'il n'avait pas rempli toute sa destinée. Le deuil général était doublé d'un sentiment de gratitude malheureusement posthume.

Ernest Picard avait été l'un des Cinq, C'est tout dire pour ceux qui se souviennent.

Lorsque nous fûmes appelés à l'Assemblée nationale à Bordeaux, le plus grand nombre d'entre nous, gens de province, étrangers aux dissentiments personnels

qui, sous l'Empire, comme toujours paraît-il, déchirèrent les partis, tous nos regards, en même temps que botre admiration, étaient pour ces champions de la li« nerlé, maintenant aux premiers rangs de la République. Toutefois, dans la mêlée confuse des partis à celte épcH que, leur action individuelle se fit peu sentir : M. Thiers les avait d'ailleurs presque tous absorbés dans son gouvernement. Ce ne l'ut qu'à Versailles, que la personnalité de chacun d'eux se détacha de l'ensemble et reprit son relief,

Ernest Picard était, au début, ministre de l'Intérieur. Il resta dans le gouvernement après notre installation à Versailles, mais peu de temps. Ses opinions, bien qu'il fût compté parmi les anciens républicains, le rappro^ chaient plutôt du Centre gauche. 11 fit, en effet, partie de ce groupe. Il était petit de taille, replet, gros même; sa prestance se ressentait de son physique. La tête était forte, les traits grassouillets, la bouche fine par Texpression et les yeux pétillants d'esprit. De l'esprit, il ea avait à foison, trop même pour un homme de parti qui aurait pu être un chef. Il se nuisait à lui-même par les traits qu'il ne pouvait s'empêcher de lancer à gauche et à droite, et qui se retournaient sur lui. Son esprit, qu'il mêlait à tout, donnait un ton de scepticisme à ce qu'il disait, et semblait se défendre de toute affirmation trop accusée. Aussi n'est-ce que par son intelligence très vive et très vaste qu'il entrait dans la compréhension des intérêts et des passions qui s'agitaient dan& ces temps très tragiques. Il y était mêlé en témoin très capable de les concevoir, mais sans les épouser ni les partager.

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