‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 41 sur 171 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

nions et ses actes. Sa dignité d'homme public pourtant n'eut pas trop à en souffrir, parce qu'on savait qu'il ne trahirait pas ses idées, mais que, par un faux calcul, il subissait, momentanément croyait-il, un joug peu glorieux dans l'espoir de les faire triompher. Illusion trop longtemps entretenue par les conservateurs qui se sont refusés à concourir à l'affermissement d'une République libérale! Le césarisme guette toujours la démocratie. Dès qu'on envisage la fin de la République, l'Empire apparaît; et cela seul ruine les espérances monarchistes, à moins que les royalistes ne soient résignés à préparer inconsciemment le retour d'un régime qu'ils craignent autant qu'ils le détestent. Les complaisances de M. le duc de Broglie pour ses associés allaient cette fois, plus encore qu'au 24 mai, mettre son libéralisme à de rudes et à de douloureuses épreuves.

M. de Fourtou, en sa qualité de ministre de l'Intérieur, devait être, et il fut le principal opérateur de l'entreprise. On fut quelque peu surpris de le trouver si ardent. A l'Assemblée nationale, il avait siégé dans les environs du Centre droit. Beaucoup de gens qui disaient le bien connaître le croyaient orléaniste. Il fit un jour, sur un sujet d'affaires, un très beau discours, d'un bel enchaînement de démonstration, d'un ton parfaitement distingué, et de forme élégante. Ce discours fut très goûté notamment par un homme supérieur en tout, et qui aimait les délicats, l'ami et le confident de M. Thiers, M. Charles de Rémusat. Ce fut peut-être le dilettantisme de ce juge infaillible qui lui fraya la route. Très peu de temps après, M. Casimir-Perier, le père, quitta le ministère, et, dans le remaniement du cabinet, M. de Fourtou reçut un portefeuille. Quelques-uns s'étonnèrent que le choix de M. Thiers se fût porté sur lui. Mais peut7être M. Thiers, sentant déjà l'orage.

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avait-il cherché à désarmer le Centre droit en associant à son gouvernenàent un homme pris parmi ses membres, sans passé qui l'engageât trop, et qui pourrait, tout de mêmcy^ervir la République. M. de Fourtou ne resta pas longtemps ministre de M. Thiers. Après le 24 mai, il reprit sa place au Centre droit, sinon même plus avant. Son passage aux affaires, Téclat de son succès oratoire, une certaine réserve diplomatique, une tenue générale qui semblait le dénoncer comme un homme d'action, le mettaient à part parmi les groupes à frontières indécises, et le désignaient comme un des chefs sur qui les partis pourraient compter. Il devait se laisser prendre à ces flatteries de la fortune^ auxquelles se joignaient d'autres séductions, si attrayantes, dit-on, celles qu'offre un accueil ouvert dans un monde de choix et préféré. Il est vraisemblable qu'à l'Elysée il s'était fait distinguer parmi les conseillers les plus enfiévrés, puisque, dès le premier jour, et alors qu'il était absent de Paris, tout le monde le désigna comme l'homme de main qu'il fallait.

M. le duc de Broglie, H. de Fourtou et leurs collègues se trompaient presque ingénument, parce qu'ils les connaissaient peu, sur les temps, les choses et les hommes.

Ils se trompaient d'abord sur le compte du Maréchal. Eux, leurs amis et leurs journaux lui reprocheront plus tard de les avoir abandonnés dans la défaite. Il serait au moins aussi vrai de dire qu'ils avaient commencé par l'abandonner, ou du moins par faire dévier son initiative, et qu'ils, n'avaient songé qu'à se servir de

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