‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 42 sur 171 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

. lui, au profit de leurs arrière-pensées. S'ils avaient simplement suivi son idée première, qui était de s'appuyer sur le pays, mieux informé, pour continuer à gouverner avec les partis modérés, sans rien changer aux institutions, si, dans cette vue, ils avaient procédé immédiatement aux élections, l'aventure du Seize Mai aurait pu avoir une issue toute différente de celle qu'elle a eue.

Le pays, qui ne vit pas dans les coulisses de la politique, n'était pas loin de partager, contre le radicalisme et contre ses fauteurs, les antipathies du Maréchal. A ce moment précis, alors que les ministres, par les excès de pouvoir auxquels ils se livrèrent plus tard, n'avaient pas encore soulevé l'indignation publique qui se tourna aussi bien contre le Maréchal que contre eux, la nation avait beaucoup plus de goût pour M. de Mac-Mahon que pour Gambetta, dont le nom n'était, en ce temps-là^ rien moins que populaire. Les élections faites sans retard — maintes correspondances de province en font foi — auraient vraisemblablement donné au Maréchal la majorité libérale, républicaine et tempérée, avec laquelle il ne demandait qu'à gouverner. Mais tel n'était pas le but auquel les ministres entendaient faire aboutir le mouvement dont ils s'étaient emparés.

Les ministres^ leurs amis et sans doute aussi les afSdés de l'Elysée, avaient vu dans le Seize Mai une occasion nouvelle de faire un dernier effort pour restaurer un trône, objet de leur dévotion, et aussi de Içurs espérances ambitieuses, variées heureusement. Ils s'imaginèrent qu'ils pourraient forcer la main au suffrage universel; qu'avec une majorité de la Chambre des députés et la majorité déjà acquise du Sénat, réunies en Congrès, ils pourraient, grâce à l'article 8 de la Constitution, la reviser, revenir sur ce qui avait été fait, et en finir avec la Répubhque. Il y avait dans

ces calculs beaucoup d'înfatuation et beaucoup d'imprévoyance.

Ces conspirateurs officiels avaient déjà oublié leur déroute du 24 mai, lorsque, après avoir fait la conquête du pouvoir, ils n'avaient pu s'accorder sur le partage des dépouilles; ils oubliaient que leur victoire avait assez piteusement abouti à la proclamation de la République. Ils fermaient les yeux sur un lendemain qui serait fatalement pareil. Ils ne voulaient pas voir que leurs noms, pour la plupart, étaient encore chargés d'une impopularité qui datait de l'Assemblée nationale.

L'esprit public s'était bien modifié, depuis qu'un régime légal, fondé et conduit pendant près de deux années avec sagesse, avait fait cesser les angoisses causées par un état provisoire qu'ils avaient si longtemps prolongé. On s'habituait peu à peu à la République, dans laquelle on commençait à voir un gage d'avenir et de prospérité. Des prétentions, plutôt soupçonnées il est vrai que réelles, mais qui rappelaient des préjugés anciens et qui ravivaient de vieilles rancunes; des alliances compromettantes et peu honorables, où Ton pouvait voir plutôt des complicités que des alliances; des complaisances pour certaines manifestations d'un fanatisme, isolé il est vrai, mais que des partis en éveil signalaient comme le grand péril du temps aux Français chatouilleux à cet endroit délicat de la conscience; tout cela réuni avait fait perdre peu à peu aux conservateurs leur clientèle qui s'égrenait, s'en allant à la République. Ils ne savaient pas surtout que les abus d'autorité ne suffisent pas pour faire réussir les coups d'État, et qu'il y faut la complicité de l'opinion publique.

Les hommes qui ont participé à cette aventure du Seize Mai se sont accusés mutuellement ou de manque

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