‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 43 sur 171 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de vigueur, ou d'un défaut d'audace, ou d'inhabileté. Il leur appartient de se rendre justice à eux-mêmes et de se départager. Pour moi, je suis porté à penser qu'ils entreprenaient une tâche impossible. Quelques-uns d'entre eux en avaient peut-être le sentiment, ce qui déjà était une cause de faiblesse. Mais ils ne pouvaient plus reculer, et, dès le premier jour, ils durent, on pourrait dire, sauter le pas. Leurs journaux le leur répétaient chaque matin sans aucun ménagement. Un publiciste très en vue, M. Paul de Cassagnac, alors député, leur faisait sentir dans son langage durement logique, à quelle nécessité ils allaient être acculés.

« Ce qu'on a fait, écrivait-il, est un vrai coup d'État moral. 11 faut donc, à une théorie parfaitement claire dans la bouche du Maréchal, ajouter une pratique implacable. Si nous ne triomphons pas des républicains, ils ne se gêneront pas avec nous, dans la revanche qu'ils prendront. Alors, à quoi bon nous gêner? Pourquoi des ménagements? Pourquoi des demi-mesures? Ohl le mot de la situation, mot qui est dans toutes les bouches, est bien simple, c'est celui-ci : Il faut réussir! Et on le peut, et du moment où on le peut, on le doit, i

C'était vrai. Et de fait, chacun se mit à l'œuvre. Sans même attendre que la dissolution fût prononcée, les ministres ouvrirent la lutte électorale. Mesures de police, instructions ministérielles, remontrances et vigoureux conseils, plutôt des ordres, adressés à la magistrature des parquets, menaces sous forme de bons avis donnés aux fonctionnaires de tout ordre; tout l'ap* pareil renouvelé de l'Empire, destiné à faire trembler

OU à soumettre le suffrage universel, fut mis en œuvre sans mesure et on peut dire sans vergogne. On pourra lire dans les histoires du temps et dans le Journal officiel tous les spécimens du genre. Ils sont extraordinaires, et on ne l'aurait pas cru. Je n'en veux citer qu'un seul qui donnera l'idée de ce que pouvaient faire des hommes pourtant honorables mais que l'inéluctable : « // faut réussir » forçait à marcher.

La propagande des 363 par la presse, par les discours, par leurs entretiens rendus publics, était déjà commencée; et le ministère s'effrayait de l'impression qu'elle allait produire, qu'elle avait, dès le premier jour, produite. Il fallait empêcher de se répandre des vérités devenues factieuses, et M. de Fourtou imagina d'envoyer aux préfets la circulaire suivante :

Paris, le 31 mai 1877.

Monsieur le préfet,

Dans sa circulaire aux procureurs généraux, le président du conseil, ministre de la justice, a rappelé que la loi frappe non seulement les fausses nouvelles propagées par les voies de la presse, mais aussi le mensonge, sous quelque forme qu'il se produise, dès qu'il est proféré publiquement.

Les rapports qui vous parviennent ont dû vous signaler la diffusion dans votre département des bruits les plus alarmants et les plus perfides répandus par les ennemis du repos public. Le prétendu trouble apporté aux transactions commerciales par l'acte patriotique du 16 mai, l'état de nos relations internationales, sont le plus ordinairement le thème servant aux adversaires du gouvernement à répandre de fausses nouvelles de nature à troubler la tranquillité publique.

Si ces fausses nouvelles sont répandues dans les lieux où le public est admis, tels que les cabarets, spectacles, etc., le délit est caractérisé par le discours tenu ou la parole dite en public comme il le serait par la publication dans le journal,

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