‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 45 sur 171 · DE FOURTOU · texte numérisé non relu

DE FOURTOU

Ce n'était rien moins que Tinquisition planant sur la pensée même, exprimée dans de simples conversations, par des propos entre amis, échangés n'importe où. On imagine aisément que de pareilles instructions devaient être appliquées dans leur sens le plus aigu par un personnel administratif et judiciaire, poussé à tous les genres de zèle par ses chefs hiérarchiques, et talonné par la crainte deTéchec final d'une entreprise à laquelle son propre sort était lié. Ministres et subordonnés, tous étaient enchaînés à la même fatalité : vaincre ou mourir. Situation cruelle pour des hommes qui avaient été des libéraux! Cruelle lutte entre la conscience et l'intérêt!

On conçoit que, pour faire fonctionner ce régime, il fallut renouveler le personnel des agents. C'est à ce renouvellement que les ministres consacrèrent leurs premières veilles. Les numéros dix Journal officiel des 20, 21, 22 mai étaient pleins de décrets faisant et défaisant des préfets, des secrétaires généraux, des sous-préfets : d'autres suivirent, et le personnel de toutes les administrations fut plus ou moins bouleversé. Ce sont les tristes

lendemains des révolutions. Je les ai connus; mais il me sera permis de dire que la dureté de ces exécutions peut être rachetée par l'esprit et par les intentions qui y président.

Des préfets et d'autres fonctionnaires qui avaient été maintenus en place sous le ministère Dufaure, bien que, par leur origine, ils appartinssent au 24 mai, se remirent, sans trop de peine, et plusieurs avec zèle, au service du gouvernement nouveau. La tentation fut plus forte que la fidélité à leurs engagements. Cette versatilité des fonctionnaires, qui n'est point un phénomène rare, ne justifie point cependant l'esprit d'exclusivisme qui écarte des emplois publics de bons serviteurs qui ont, par nécessité souvent, suivi les fluctuations de la politique. Qu'importe pour la politique plus haute qui veut que tous soient également admis au service de l'État f Les défaillances d'un petit nombre ne justifient pas les rigueurs iniques des partis. Du reste, à côté de ces défections, et à l'honneur du corps des fonctionnaires en place, de nombreuses démissions volontaires, dont un grand nombre très courageuses et méritantes, parce qu'elles impliquaient de sérieux sacrifices, furent envoyées au gouvernement par l'intermédiaire de quelques-uns d'entre nous : j'en reçus plusieurs pour mon compte.

Une de ces démissions donna lieu à un incident peu important en soi, mais qui honore les deux personnages en cause, et qui caractérise d'un trait imprévu rétat d'esprit du Maréchal, dans ce remuement d'hommes et de choses qui dépassait sans doute son attente. Un de nos anciens compagnons d'armes de l'Assemblée nationale était alors préfet à Agen : c'était H. Félix Renaud, aujourd'hui procureur général à la Cour des Comptes, un des cinq qui avaient, dès le début, fondé le

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