CHAPITRE IV
groupe des Républicains conservateurs, origine du Centre gauche (1). M. de Fourtou l'avait envoyé à Amiens, rendant ainsi hommage à sa valeur intellectuelle : mais il connaissait moins bien son caractère. Renaud était de ceux qui ne défaillent point, et qui ne renient ni leur parti ni leurs amitiés. Il refusa le poste qui lui était offert. Mais il crut devoir s'en expliquer avec le Maréchal, avec qui, par l'entremise de M. le marquis de la Guiche, il avait eu des relations particulières. Il n'eut pas besoin de longs discours pour se disculper de ne vouloir trahir ni ses amis ni son passé. Il parlait à qui était fait pour le comprendre; et le Maréchal lui dit : t Vous avez bien fait. Je leur avais bien dit (parlant de ses ministres) que vous n'accepteriez pas. » C'était un mot de Thomme d'honneur, mais aussi du Président doutant déjà de son œuvre, et se demandant, au fond de l'âme, si lui-même avait bien fait.
Le ministère et ses amis avaient donc organisé leur système d'attaque. De son côté le parti républicain allait préparer sa défense. Tout le monde prévoyait la dissolution, qui serait prochaine, et la campagne électorale qui allait s'ouvrir. Mais déjà se remarquaient des différences dans la tenue et dans la tactique des partis en présence.
Tandis que les Républicains ne formaient qu'une forte cohorte marchant avec un seul mot d'ordre, et
(1) J*ai raconté ailleurs comment était né et s'était formé ce groupe des républicains conservateurs qui fut présidé par le comte Rampon. Les cinq qui l'avaient constitué d*abord étaient : MM. Félix Renaud, Gailly, Philippoteaux, Duréault et de Marcère.
poursuivant un seul but; tandis que les fonctionnaires révoqués devenus disponibles se mettaient au service de la cause vaincue; tandis que tous, sénateurs, députés, anciens fonctionnaires, et leurs tenants en province ralliaient les électeurs sous un même drapeau; tandis que, tous les moyens d'action étant ainsi unifiés, on se mettait, de ce côté, en mesure de faire front d'un seul bloc, dans le parti opposé au contraire, tout était confusion et dissentiment réel : il n'y avait là d'unité que dans la nécessité de vaincre.
L'armée des confédérés était divisée; et les visées de chacun trop divergentes pour qu'un seul mot d'ordre pût les rallier. La Droite se plaignait de n'avoir pas, ou pas assez de représentants dans le ministère; le Centre droit s'effrayait du langage et des prétentions affichées de la faction bonapartiste; on supputait le nombre respectif de fonctionnaires appartenant à telle ou telle fraction des coalisés, ou le nombre des candidats de telle ou telle couleur qui seraient sacrés candidats officiels. Au fond c'était à qui mangerait les marrons quand ils seraient tirés du feu. Déjà môme on paraissait prêt à reculer tant on redoutait les conséquences dernières de l'aventure. On hésitait devant une dissolution qui dépendait du vote du Sénat; et dans la Droite du Sénat des mécontentements s'étaient fait jour, qui pouvaient faire craindre sur le résultat du scrutin qui en déciderait.
II fallut mettre en jeu le Maréchal lui-même^ déjà trop engagé pour revenir en arrière. Il se prêta à employer son influence personnelle pour rassembler ses troupes; et à la rentrée des Chambres, le 16 juin, le ministère apportait au Sénat une proposition de dissolution...