‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 47 sur 171 · DISSOLUTION DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS · texte numérisé non relu

DISSOLUTION DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS

Le 16 juin, les Chambres se réunirent en vertu même du décret de prorogation qui les avait ajournées à un mois. La dissolution était chose arrêtée dans l'esprit du gouvernement.

Elle était prévue par les Chambres. Elle était d'ailleurs rendue inévitable par la résolution prise dans les réunions des Gauches des deux Assemblées, et rendue publique, de ne voter aucun crédit, sauf ceux destinés à la reconstitution des forces militaires; à plus forte raison de ne pas voter le budget, tant que l'on ne serait pas rentré dans les règles constitutionnelles; autrement dit, aussi longtemps qu'on aurait devant soi le ministère de Broglie.

A la première séance du Sénat, en effet, M. le duc de Broglie lut le projet de résolution de dissolution, en demandant l'assentiment de cette Assemblée. Dans le passage le plus saillant de ce projet, on faisait dire au Maréchal : c Je m'adresserai avec confiance à la nation. La France veut comme moi maintenir intactes les institutions qui nous régissent; elle ne veut pas plus que moi que ces institutions soient dénaturées par l'action du radicalisme; elle ne veut pas qu'en 4880, le jour où les lois constitutionnelles pourront être revisées j, tout se

trouve préparé d'avance pour la désorganisation de toutes les forces morales et matérielles du pays. Avertie à temps, prévenue contre tout malentendu et toute équivoque, la France, j'en suis sûr, rendra justice à mes intentions, et choisira pour ses mandaires ceux qui promettront de me seconder... »

On ne pouvait annoncer plus clairement l'ère de nouveau ouverte des candidatures ofûcielles. Mais surtout, lorsqu'un tel langage était tenu par des ministres voués à ridée d'une restauration monarchique, on ne pouvait se méprendre sur le sens de l'allusion faite à l'échéance d'une revision, remise à Tannée 1880, mais qui pourrait être rapprochée selon le résultat des élections.

Le même jour, à la Chambre des députés, M. de Fourtou ût une déclaration qui n'était que la para-^ phrase du projet de résolution lu au Sénat* Et, pour marquer sans ambages les intentions du gouvernement, M. Caillaux, ministre des finances, déposa une proposition qui avait pour but de faire voter sans désemparer la loi des contributions directes, tant il était, dès ce moment, certain que la Chambre allait être dissoute, et que la nouvelle Chambre ne serait ni élue ni réunie à temps pour que les conseils généraux fissent, à leur session ordinaire du mois d'août, leur travail de répartition de ces contributions.

Après ces préliminaires, le Président Grévy annonça qu'il avait été déposé à la précédente séance une demande d'interpellation ainsi conçue :

« Les soussignés,

« Considérant que lè'ministère annoncé ce matin (le 18 mai)

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