CHAPITRE V
par le Journal officiel est composé des hommes dont la France a déjà condamné la politique;
< Que leur présence au pouvoir compromet la peux inté* rieure et extérieure;
c Demandent à interpeller le Gouvernement sur la composition du cabinet.
«t Signe : de Margère, Devougoux, de Rëmusat, Lepère^ Floquet, Leblond, Camille Sêb, Franck-Chauve au, Drumel, Brisson, Madier de Montjau, Lefèvre, Dréo, Logkroy, Spuller, Louis Blanc, Bernard Lavergne, Danelle-Bernardin, Laussedat, Tirard, Margellin Pellet, Albert Grévy, Journault, Robert de Massy, Faye, de Mahy. »
C'étaient les membres des bureaux des Gauches qui l'avaient signée. Ce l'ut M. Belhmont qui la développa avec son éloquence un peu melliilue, qu'une situation même violente ne pouvait faire vibrer. Aussitôt après, M. de Fourtou, d'un pas résolu, monta à la tribune, et dépouillant ces précautions oratoires dont on s'enveloppe d'habitude, et qui rendent possibles, grâce à la courtoisie de la forme, les rencontres de tribune, si meurtrières d'intention entre adversaires politiques; hardiment, et sur un ton provocateur, il dit :
Messieurs, je ne répondrai que peu de mots au discours que vous venez d'entendre. Il me semble qu'un long débat devant vous, à l'heure présente, serait superflu. Le désaccord qui existe entre la majorité de cette Assemblée et M. le Président de la République est tellement profond, tellement absolu, qu'il ne peut sortir de nos délibérations rien qui modifie, soit ici, soit au dehors, une situation politique nette, précise, dévolue désormais au seul jugement de la nation. {Afjprohation à droite.)
Nous n'avons pas votre confiance, vous n'avez pas la nôtre^ {Nouveaux applaudissements à droite.)
Un membre à gauche. Nous avons le pajs !
M. LE Ministre. Voilà le fond des choses tout entier, et notre dissentiment est d'une telle clarté qu'aucune discussion n'aurait le pouvoir ni d'en diminuer ni d'en augmenter l'évidence. (MarqtAes d'approbation à droite.)
Il semblerait que, d'un mot, tout était dit; qu'il n'y avait plus qu'à se séparer. La guerre ainsi déclarée, elle ne pouvait se poursuivre qu'en dehors du Parlement dont les portes allaient être closes. Mais ce n'était pas l'affaire des partis. Cette harangue ne devait être que le salut des armes. On s'était depuis longtemps donné rendez-vous à cette journée. Il fallait une issue aux sentiments violents dont les âmes étaient pleines, et aux colères accumulées depuis le 46 mai. Les divers partis de gauche, quoiqu'ils fussent contenus par l'esprit de discipline que la nécessité leur imposait, s'ils voulaient vaincre, désiraient pourtant se faire connaître au pays devant qui ils allaient comparaître. Aussi bien, les vraies doctrines de chacun, que l'on ne distinguait guère alors, dans le feu des combats, se dégagent clairement quand on relit à tête reposée ces discussions tumultueuses.
Mais la Droite, aussi bien au Sénat qu'à la Chambre, se tint coite. Le ministère seul soutint la lutte. Il était le syndicat d'opinions si divergentes, d'espérances si multiples et si contradictoires, de volontés si hostiles les unes aux autres, que, seul, il pouvait tenir tête aux attaques des républicains, en se présentant comme le champion de on ne savait quel ordre de choses indéfinissable, qui apparaissait comme une confusion de prétentions inconciliables entre des frères ennemis. Il soutint ce rôle héroïquement, comme le soldat aventureux d'une cause perdue. La Droite n'intervenait guère que par des interruptions violentes, où se distinguait surtout le parti bonapartiste. Les gens de sens rassis qui