CHAPITRE V
coup plus tard, après Télévation de Grévy à la Présidence, en 1879, que Ferry entra dans les premiers rôles de la politique.
Toutefois dès ce jour-là, le 16 juin 1877, il se signala comme un des orateurs du parti républicain. Son talent oratoire, qui n'avait pas encore pris tout son développement, était surtout vigoureux par la pensée, et lort par l'expression : sa parole était un peu lourde, et manquait d'élégance, mais elle marquait les coups et avait de la puissance. Il répondait aux injures dont on l'assaillait à droite avec un grand dédain, avec une sorte d'indignation concentrée, comme un homme qui avait conscience de ses services déjà réels, et de son dévouement passionné à la chose publique. Répondant à M. dé Fourtou, il fit ressortir l'inanité des griefs invoqués contre la Chambre pour la dissoudre, et il attaqua vivement les projets de pouvoir personnel qui apparaissaient derrière l'acte du 16 mai. Puis, avec sa vigueur ordinaire, il prit corps à corps la candidature officielle réhabilitée par M. de Fourtou, et donna à son discours un caractère particulièrement utilitaire, en annonçant l'insuccès final de la tentative faite contre les libertés publiques, et en mettant les fonctionnaires de tout ordre et les futurs élus eux-mêmes en garde contre les conséquences de leurs complicités et de leurs compromissions dans les manœuvres du ministère. Il faut citer :
M. JcLBS Ferry. Je dis que quand on pousse Tabus du pou^ voir à ce degré de sans-façon et de scandale, on fait nos affaires. (Oui! oui! au centre et à gauche. — Exclamations à droite,)
Nous reviendrons ici, et nous ne nous contenterons pas, cette fois, d'annuler des élections frelatées par une candidature ofScielle aussi ébontèe. {Oh! oh! à droite.)
M. Gavini. Nous en prenons notel
M. Jules Ferry. Nous saurons montrer aux fonctionnaires de tout ordre et de tout rang et si haut placés qu'ils soient, qu'il y a des juges en France. {ApplaudwemenU répétés au centre et à gauche. — Exclamations à droite.)
M. Gavini. Il y a des gendarmes aussi!
M. Jules Ferry. Le Gouvernement du 4 septembre a supprimé, permettez-moi de lui rendre ici cet hommage, qui sera ma seule réponse à tous les outrages dont vous l'abreuvez, il a supprimé l'article 75 de la Constitution de l'an VIII. Vous l'avez oublié, vous, monsieur de Fourtoul (Bravos et applaudissements.) Que ce soit ma dernière parole, si vous voulez. {A droite. Tant mieux! Avec plaisir!)
M. Jules Ferry. Nous vous disons à tous, artisans de candidatures officielles...
M. Paul de Gassagnac. Vous n'avez jamais fait que cela, vous autres t
M. Jules Ferry. ...Nous vous donnons k tous, préfets, juges de paix, agents de tous ordres, cet avertissement solennel : c'est qu'il y a non seulement pour le pouvoir législatif le droit naturel de se purger lui-même en annulant les élections vicieuses, mais qu'il y aussi des responsabilités civiles et même correctiounelles écrites dans nos lois et que ces responsabilités, nous saurons les appliquer sans faiblesse. (Très bien! très bien! et applaudissements.)
Après Louis Blanc qui fut en cette occasion l'orateur de l'extrême Gauche, ce fut Léon Renault qui parut à la tribune. Il parlait en notre nom; mais il y ajoutait je ne sais quoi de personnel. Ses vieilles relations d'amitié ou de monde avec la plupart des hommes de la Droite ou de l'intimité de TÉlysée donnèrent à ses paroles comme un accent de colère à la fois et de regrets. On pouvait parfois le taxer de légèreté quelque peu sceptique. Mais son parisianisme recouvrait d'une couche aimable des sentiments généreux et ardents, qui s'épanchaient de