‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 54 sur 171 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ments à ceux des députés. Et pendant ce temps-là, Grévy, impuissant à réprimer un tel mouvement qui emportait tout le monde et lui-même sans doute, sem^ blait, par sou silence même, s'associer à celte manifestation. M. de Fourtou, à la tribune, impassible en appa* rence, devant ce spectacle terrifiant pour un orateur, restait interdit et sans voix.

Combien de temps dura cette sorte d'apotbéose? je ne sais. Elle dura longtemps; pendant ce temps-là, M. Tbiers, comme écrasé sous cet enthousiasme qui le payait de tant d'ingratitude, était resté, seul assis, cloué sur son banc, la tète baissée et ne pouvant réprimer. ses larmes. Ce fut un spectacle inoubliable, une de ces scènes merveilleuses qui sortent, en France, de l'âme des foules, dont le sens artistique supérieur donne à de telles manifestations je ne sais quoi de beau et de vraiment grand, lorsque quelque idée noble ou quelque sentiment généreux les soulève.

La discussion avait duré trois journées, pleines d'orages et d'échanges de paroles violentes, qui indiquaient le caractère de la lutte engagée. Elle se termina par un ordre du jour qui fut porté à la tribune par le comte Horace de Choiseul. Il était un des nôtres. Afin de donner, aux yeux du pays, la signification vraie de notre résistance, c'étaient toujours des hommes connus par leur haute honorabilité et par la modération de leurs opinions que Ton choisissait pour porter les coups décisits. M. le comte Horace de Choiseul monta à la tribune et lut l'ordre du jour suivant signé par les présidents des groiipes de la Gauche :

c La Chambre des députés,

c Considérant que le ministère formé le H mai par lé Président de la République et dont M. le duc de Broglîe est le chef, a été appelé aux affaires contrairement à la loi des majorités, qui est le principe du gouyernement parlement taire... » {Très bieni au centre.)

A droite. Et le Sénat? et le Sénat?

M. Horace de Choiseul. c Qu'il s'est dérobé le jour même de sa formation à toutes explications devant les représentants du pays... »

Un membre à droite. Mais non ! 11 a répondu.

M. Ernest Dréolle. Laissez donc lire! C'est un cbef-d'œuyrel (Rires à droite.)

M. Horace de Choiseul. « Qu'il a bouleyersé toute Tadministration intérieure afin de peser sur les décisions du suffrage universel par tous les moyens dont il pourra disposer ;

« Qu'à raison de son origine et de sa composition, il ne représente que la coalition des partis hostiles à la République, coalition conduite par les inspirateurs des manifestations cléricales déjà condamnées par la Chambre; » (Applaudissements à gauche et au centre. — Allons donc! à droite.)

a Que c'est ainsi que, depuis le 17 mai, il a laissé impunies les attaques dirigées contre la représentation nationale et les provocations directes à la violation des lois;

c Qu'à tous ces titres il est un danger pour l'ordre et pour la paix, en même temps qu'une cause de trouble pour les affaires et pour les intérêts ; »

A droite. Pour vous! pour vous!

M. Horace de Choiseul. t Déclare que le ministère n'a pas la confiance des représentants de la nation, et passe à l'ordre du jour. > (Applaudissements répétés au centre et à gauche.)

A droite. L'auteur? l'auteur?

M. Horace de Choiseul. « Signé : Horace de Choiseul. Devoucoux, Louis Blanc, de Marcârb, Laussedat. >

Cet ordre du jour fut voté par 363 voix contre 158.

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