‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 61 sur 171 · CHAPITRE VI ioa · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI ioa

démique. Il va de soi que, au regard de la rosserie, la politique ne compte pas : celle-ci dégqùie celle-là..

Sans aller si loin, de pseudo-patriciens s'écartent des contacts de la politique comme d'atteintes et de promiscuités vulgaires, comme si on avait jamais vu une aristocratie qui ait pu se former ou se maintenir sans se faire pardonner son rang par des services rendus à l'État. D'autres, furieux adeptes de l'égalité qui les met sur le même pied que les plus grands, jugent au-dessous d'eux de défendre l'ordre social qui leur assure cet avantage. Ailleurs, on rencontre des hommes qui croient que c'est la marque d'un esprit supérieur de ne faire cas que de ce qui les amuse ou les flatte; et que la politique est un trop mince objet pour leur intelligence; comme si la littérature prise pour elle-même, à moins qu'on soit un créateur et qu'on ait du génie, était un objet propre à occuper la vie d'un homme, et comme s'il n'y avait pas de piètres écrivains, à côté de pauvre^ politiques. Que, par la malédiction du ciel, la patrie s'effondre dans quelque catastrophe, on verrait tous ce$ gens accuser les autres du désastre, dont ils analyseront d'ailleurs les causes avec grâce.

Le mal de ces abandons est d'abord de priver le pays de concours qui seraient précieux. Que deviendra-t-il si les forces sociales qui subsistent encore, après la disparition des anciennes, le délaissent? Mais un mal plus grand encore vient de ces mauvais exemples donnés de haut à un peuple enclin par caractère à Tinsouciance et à l'indifférence au regard de la chose publique. Les Français n'aiment point à avoir l'esprit toujours tendu vers le même objet. Le souci constant des affaires leur pèse et contrarie leurs tendances naturelles qui les portent au doux loisir et à la fantaisie. Us sont capables de puissantes énergies quand une passion les soulève»

lli LE SEIZE MAI 1877

mais les elTorts soutenus des régimes libres les lassent vite :• de là les alternatives de fièvre et d'apathie qui ont marqué les phases de notre histoire depuis un siècle écoulé, et qui correspondent aux régimes de liberté ou de despotisme que nous avons successivement subis et acclamés. Qui donc leur donnera les vertus nécessaires, si les meilleurs d'entre eux en font fi? A l'heure où va paraître ce livre, une situation insoup-^ çonnée jusqu'alors et redoutable a fait surgir une phalange de généreux Français qui se jettent dans la lutte civique devenue, pour la France, la lutte pour la vie. Honneur à eux 1

La période du Seize Mai fut aussi une époque de réveil et provoqua un renouveau des passions politiques qui ont agité l'âme de la nation depuis cent ans. On revit les dévouements désintéressés, l'esprit de sacrifice, le courage intrépide qui, à l'honneur de notre pays, se montrent dans de tels moments. Ces vertus civiques étaient stimulées, chez le parti républicain, par les extraordinaires abus de pouvoir que se permirent alors les gouvernants. Et, ce qui complétait l'admirable spectacle de ce grand peuple en mouvement, ce fut la discipline qui se maintint dans les rangs, depuis le commencement jusqu'au bout de cette période; discipline acceptée et volontaire plutôt qu'imposée, que tous gardaient avec une singulière intelligence de la situation et des moyens les plus sûrs de conduire au succès.

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