‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 63 sur 171 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

mànâie, fit entendre les plaintes du commerce et de l'industrie : c'était comme un écho des plaintes universelles. M. Gévelot, député de la deuxième circonscription de l'arrondissement de Domfront, justement populaire, président du Comice agricole, parla avec la fermeté d'ua homme autorisé. Christophle fut l'orateur de la journée ôt sur un ton vigoureux, quelque modéré qu'il fût d'opinion, il prit à partie les hommes du 16 mai, leurs procédés, leurs desseins, et sa parole avait d'autant plus de poids qu'il avait dans le département de l'Orne une situation exceptionnelle, qu'il avait été naguère le ministre du Maréchal, de qui il parla avec des sentiments de respectueuse réserve nullement joués. Son discours chaleureux, tout plein de la fièvre du jour, produisit un grand effet sur l'auditoire. On put voir que rémotion populaire gagnait les populations les plus tranquilles, partout, et jusqu'aux coins les plus reculés de la basse Normandie. Ces harangues eurent, par la presse, un grand retentissement. Le gouvernement vit dans cette manifestation un scandaleux exemple qui pouvait deveoir pour lui un danger : dès le lendemain, par arrêté préfectoral, nous étions dissous.

Ainsi le ministère s'attaquait à des réputations bien établies, aux hommes qui, depuis cinq ans^ avaient gagné la confiance publique; il supprimait des conseils municipaux; il révoquait des maires; il s'animait à cette guerre aveugle, et il frappait à tort et à travers tout ce qui apparaissait, à ses yeux troublés, comme un ennemi et comme un obstacle ; et, par l'effet ordinaire de ces pratiques maladroites, tous les coups qu'ils portait se retournaient contre lui. Aussi bien, il était tourmenté par cet instinct de méfiance et ce fonds de crainte qui sont le châtiment des despotes. Il avait tellement peur du sentiment public qu'il n'osait plus le consulter.

C'est ainsi que le gouvernement se garda de convoquer les électeurs, bien que, en vertu des lois, la moitié des conseils généraux eût du être renouvelée avant leur session ordinaire du mois d'août. Les conseillers dont le mandat était expiré durent donc siéger néanmoins à la session ordinaire. M. Dufaure était un de ceux-là : il se présenta au conseil de la Charente-Inférieure dont il était membre.

Dans un de ces vigoureux discours, comme il les faisait, il dénonça l'illégalité de la situation qui lui était faite, et il déclara qu'il siégeait quand même, en vertu « du principe constant de notre droit public, qui oblige le fonctionnaire à remplir les devoirs de sa fonction, jusqu'à ce qu'il ait été régulièrement remplacé. Ainsi nos cantons ne resteront pas sans représentants, parce qu'un ministre a omis de les réunir pour nous remplacer ou nous réélire; l'honneur de la loi et l'institution des conseils généraux ne sont pas compromis. » Dufaure avait traversé presque le siècle entier, avec un rôle à part et une physionomie très personnelle. Il était isolé au milieu dea partis; mais tout le monde comptait avec lui. Il était une force, force de science gouvernementale et juridique, force oratoire, force de haute probité. Il avait puissamment aidé à la fondation de la République et à l'organisation du régime nouveau. Son autorité était grande. Son intervention discrète mais nettement accusatrice fit le plus grand effet.

Le ministère ne comptait qu'à demi sur le concours des conservateurs que tant de fautes avaient rendus impopulaires, et à qui d'ailleurs il inspirait autant de

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