‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 64 sur 171 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

soupçons que d'espoirs, chaque parti craignant d'être, au dernier moment, dupé. Sa principale force était dans la personnalité du Maréchal ; il ne se fit pas faute d'en user. A tout propos le nom du duc de Magenta était mis en avant, et sa personne même fut mise en jeu. Il s'agissait de fomenter un mouvement d'opinion favorable aux candidatures officielles. On s'imagina, dans ce but, de faire voyager le Maréchal à travers la France. Et lui, puisqu'il avait tant fait que de commencer, il se prêta à ces exhibitions qui devaient d'autant plus répugner à ses sentiments de noble fierté, qu'il se faisait peu d'illusions sur le succès final de cette entreprise. Ses confidences à ses intimes à ce sujet prouvent qu'il avait plus de clairvoyance que ses conseillers attitrés. Successivement à Clermont (Oise), à Évreux, Caen, Cherbourg, Bourges et Bordeaux, le Maréchal dut figurer au milieu d'un brillant état-major, à travers le cortège accoutumé des fonctionnaires, des maires, des instituteurs, des pompiers et de ces foules endimanchées, que ces spectacles attirent et agitent d'un mouvement que Ton^peut prendre, si l'on veut, pour de l'enthousiasme. Le passage suivant du discours qu'il

' prononça à Bourges donne la note des allocutions qu'il allait répandant partout, le long du chemin : < On a

I accusé mes intentions. et dénaturé mes actes. On a parlé

Ide relations extérieures compromises, de Constitution violée, de liberté de conscience menacée. On est allé jusqu'à évoquer le fantôme de je ne sais quel retour ^ aux abus de l'ancien régime, de je ne sais quelle in- I fluence occulte que l'on a appelée le gouvernement I des prêtres. Ce sont là autant de calomnies. Le bon ^ sens public en a déjà fait justice en France et à l'étranger. • i Hélas I toute la bonne volonté du Maréchal se heur-

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tait à un parti pris d'incrédulité du public mis en défiance par le ministère et par ses agents. Le piteux effet , produit par ces tentatives avortées de manifestations personnelles était d'autant plus lamentable que l'effort avait été plus grand. Les correspondances que je reçus alors me signalaient le silence significatif de la vraie foule sur son passage. Parmi beaucoup d'autres, M. Paul Duplan, aujourd'hui inspecteur principal du contrôle des chemins de fer, m'écrivait de Bourges : t Si le Maréchal n'avait pas fait le Seize Mai, il aurait été acclamé. Sa personne est sympathique au pays; nous savons tous qu'aucun chef d'État n'a été accepté en France, à aucune époque, avec plus d'unanimité et de respect... Il est certain qu'il n'a été encouragé ici que parla minorité déjà organisée avant son voyage. Les gens modérés, dont nous sommes, regretteront vivement et patriotiquement qu'un si bon président de la République se soit ainsi fourvoyé dans une lutte sans issue contre la majorité éclairée du pays. » On plaignait presque le , Maréchal d'être associé à une telle besogne et comme lié à un tel rôle.

Toutefois son langage adressé à Tarmée, à la suite , d'une revue passée le 1" juillet, mit en éveil, et fit songer à des éventualités que l'esprit ombrageux du parti républicain transformait déjà en projets de coups d'État Parlant de la mission qu'il avait reçue : « Je la remplirai jusqu'au bout, » Et s'adressant aux soldats : < Vous m'aiderez, j'en suis certain, disait-il, à maintenir le respect de l'autorité et des lois. » Et un journaliste ministériel interprétait ainsi les paroles du chef de l'État : t Les horions, citoyens, pleuvront sur vous comme grêle, si vous ne marchez pas droit. Si vous savez ce que parler veut dire, vous comprendrez que, même victorieux, vous ne tireriez aucun parti de la vie-

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