‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 68 sur 171 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

contre le régime bonapartiste : Gambetta, Ferry, Spnller et tant d'autres — et d'autre part, il avait des amitiés dans le camp des Bonapartes et même quelques affinités, par son goût de bon bourgeois pour l'autorité.

Je ne l'ai connu qu'après la guerre, à Versailles, et dès les premiers moments je trouvai en lui un allié et plus tard un ami. Il était alors directeur du journal Le Soir : nous fondâmes ensemble une correspondance politique sous le patronage du Centre gauche. Il avait été le compagnon de toutes nos luttes, lorsque Ricard, devenu ministre de l'Intérieur en 1876, le nomma directeur de la Presse. Cette direction avait alors un service très sérieux et très utile au ministère. Je ne sache pas que le bon renom de la société française, le gouvernement et la liberté aient gagné à sa suppression.

Lorsque je succédai à Ricard au mois d'Avril, je gardai Pessard avec moi; et dans ce poste il rendit des services éminents et à la République et à moi-même. Il connaissait les hommes et les choses de la Presse; il savait les égards qu'un gouvernement lui doit; il savait traiter avec les journalistes et plus généralement avec les hommes qui vivent de Tart et dans le culte de la pensée, gentis irritabile, mais aussi race d'hommes supérieurs, accessibles à tous les sentiments élevés, capables de tout comprendre, et maniables à qui sait les prendre.

Lorsque je quittai le ministère en décembre 1876, il me suivit dans ma retraite quoique M. Jules Simon qui me succédait ait cherché à le retenir. Il partageait ma destinée comme il partageait les sentiments dont j'étais plein alors. C'était aussi ceux de mes compagnons d'armes du Centre gauche qui me nommèrent leur président.

Pessard avait parfois la dent dure, toujours la plume

alerte et aiguisée. Il s'en servait avec la passion d'une amitié et d'une opinion également atteintes. Quoi qu'on fit — et l'on faisait beaucoup — rien ne put Tamadouer. Ses coups portaient. Il avait eu la bonne fortune de trouver un directeur d'un journal nouvellement créé, le Petit Parisierij M. Harding, qui le plaça à la tête de ce journal. A partir surtout de la journée du 16 mai, la guerre ouverte par le Petit Parisien, fut continue et impitoyable; et de nouveau des manœuvres firent mises en jeu pour désarmer ce redoutable adversaire, t On me fait l'honneur de me beaucoup redouter, et on s'y prend de toutes les manières pour me dompter, m'écrivait-il à cette époque. Je n'ai pas besoin de vous dire que je tiens droit notre drapeau, et qu'aucune considération ne saurait l'emporter sur la volonté bien arrêtée de faire ce qui me plaît, ce que nous croyons juste et rien de plus. Mais quand vous saurez en détail les habiles et en même temps, je dois le reconnaître, très amicales manœuvres dont je suis l'objet, cela vous intéressera. » M. Harding était sollicité, de son côté, de changer la ligne politique de son journal, mais il se retranchait derrière son traité passé avec Pessard, lequel était maître de la direction politique. On voulait pourtant avoir raison de cet organe d'opposition, et Pessard m'écrivait quelques jours après : t Mon cher ministre, il y a du nouveau. L'ordre moral, désespérant de me convertir malgré les différentes tentations de saint Antoine dont il m'a donné la représentation, s'est décidé à faire preuve de poigne. Harding a été invité à vendre son journal 200,000 francs à un homme de paille, et il m'a averti qu'il lui était bien difficile de se soustraire à cette nécessité. Samedi il me fera connaître sa résolution. Quant à moi, voici la mienne que je vous, soumets. Mon traité est formel, etc., etc... » 11 s'appré-

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