‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 69 sur 171 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

tait à soutenir en justice les droits qu'il tenait de son traité.

Hector Pessard, et ce n'est pas un mince éloge, a pu être compté parmi les journalistes de cette période, les About, les Sarcey, les John Lemoine, pléiade brillante au milieu de laquelle il tenait sa place. Il avait à un haut degré une qualité, rare dans tous les temps sans doute, mais à noter particulièrement dans le nôtre, la probité politique.

Il était — je ne Tai su que depuis — trop mêlé par ses relations personnelles à tout un monde d'affaires et de marchandages que j'ai ignoré, parmi lequel se préparait et se remarquait déjà le déclin de la moralité publique et l'affaissement des consciences ; mais du moins, il ne sacriûa jamais ses opinions politiques à des intérêts vulgaires. Il n'a jamais vendu sa plume. Il ne le fit pas pendant cette période du Seize Mai, quoiqu'il fût en butte à des sollicitations, non sans attraits pour un homme pauvre, flatteuses, et venant de haut lieu.

Une des publications qui eut alors le plus de retentissement et d'influence, fut le Journal du Père Gérard^ que publiait et que rédigeait en entier M. Boursin, lequel fut un des fondateurs de la société bretonne et normande — la Pomme. C'étaient des conversations échangées entre paysans et citadins, et dans lesquelles le Père Gérard était le principal interlocuteur, non en patois mais en langage simple, sans façon, et tout à fait approprié aux circonstances et aux hommes à qui il s'adressait, avec des dessins pleins de bonhomie et d'un art achevé. Ce journal est resté le type des publications de propagande : genre dans lequel il a eu des imitateurs, mais pas de rivaux.

Les anciens députés, revenus chacun dans leur circonscription électorale, fomentaient sur tous les points du territoire une agitation politique* Ils ramenaient à eux l'opinion publique restée d'abord indécise, mais qui se dessina nettement lorsque les excès du gouvernement la tournèrent contre lui. Tous les hommes, candidats ou non, ardents à la chose publique se remuaient et parlaient et manifestaient, les uns pour le plaisir de s'agiter, les autres par passion sincère. Et la Presse mettait incessamment en scène tous les auteurs du drame intime qui se jouait : d'une part entre la Réaction, confuse, indécise dans ses voies, déconcertée à la fois et irritée par la résistance inerte de la masse populaire, qu'elle ne sentait pas avec elle; et d'autre part l'Idée républicaine, qui, cette fois, se trouvait, par le fait du Seize mai, liée uniquement à U cause de la Liberté.

Au milieu de cette effervescence, un mot fut tout à coup lancé et entendu, un de ces mots qui servent à caractériser une situation, et qui la fixent dans l'imagination populaire. Ce fut Gambetta qui le dit; et son nom contribua à donner à ce mot un grand retentissement. Non que Gambetta eût alors l'influence qu'il a eue plus tard sur l'esprit public. Il en était loin à cette époque. Son nom était attaché à une politique contre laquelle le pays avait des appréhensions et, dans plusieurs contrées, une aversion réelle. Néanmoins il avait le prestige du grand rôle qu'il avait joué pendant la guerre; et il avait parmi les républicains des amis, des admirateurs fervents. Parmi ces derniers se trouvait M. Achille Tes-

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