CHAPITRE VIII
teliD, qui avait été Commissaire général de la région dû Nord, en 1870.
M. Testelin, à qui sa ville natale, Lille, a érigé un monument, avait rendu à ^ette époque des services éminents. Il était très patriote. Ce n'est pHS. il eî-t vrai, un titre à relever; mais il était dévoué, désintéressé, et d*un grand cœur. Il avait Tesprit souple et délié, passionné en politique, et d'un sens très avisé. Jacobin au fond, il était marqué au trait essentiel du jacobinisme, qui est de faire peu de cas des principes et de la liberté, quand les intérêts de la secte sont en jeu. D'opinions plus avancées que celles des départements de la région du Nord qu'il eut à gouverner, il avait assoupli ses opinions au diapason de l'esprit public, dans la vue patriotique d'être en état de servir, dîms les circonstai ces lerrihle> où Ton se trouvait, sans éloiirner personne [-ar l'étalage iiiuîile ne ses idées j» irtiruî èco. «1 obtenir les coopérations né essaires et «le iaire coiicourir tout le monde à la défense nationale.
11 était de ceux qui voulaient faire de Gumbetta le directeur de l'opinion, pour lui préparer de plus hautes destinées. Il l'avait appelé à Lille pour y faire une grande manifestation populaire. Et à Lille donc, tout avait été préparé pour que la parole de l'orateur, si vraiment éloquent d'ailleurs, eût un grand retentissement. La faute et 1 on pourrait dire la sottise des agents du gouvernement devait rendre le retentissement plus grand encore. Il semble qu'ils avaient pris à tâche d'accroître démesurément le personnage de Gambetla, qu'ils ne manquaient en aucune occasion de mettre en parallèle avec le Maréchal, et de représenter comme la personnification même de la République. Cette fois encore ils n'eurent garde d'y manquer. Gambetta avait f^t dans son discours l'exposé du 16 mai, et il l'avait
terminé par ces paroles : Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien. Messieurs^ il faudra se soumettre ou se démettre. La formule était heureuse, et elle produisit d'autant plus d'effet que le ministère la signala lui-même à l'attention publique, et la marqua du trait le plus propre à la rendre populaire, en la déférant aux tribunaux comme une injure et une offense envers le Président de la République. Le tribunal de Lille condamna Gambetta à trois mois de prison et 200 francs d'amende. Mais le jugement était rendu par défaut. On profita des délais et des moyens de procédure pour prolonger ce débat judiciaire jusqu'au jour où l'inviolabilité parlementaire devait mettre Gambetta, réélu député, à l'abri de toutes poursuites, ce qui se fit en effet.