‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 74 sur 171 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

tleneé) le sentiment de l'injustice, le souci des intérêts en jeu remportaient parfois sur son urbanité. Maift quel germe de gros ressentiments laissés dans de petites àmed f

Il ne lui déplaisait pas de faire montre de son autocratie personnelle — mais on peut avoir l'âme libérale sans abdiquer sa volonté. Il aimait à se parer de sa force de vouloir, de cette qualité maîtresse chez tout homme, et plus nécessaire encore chez un homme d'État. Un jour — c'était le 31 mars 1873, très peu de temps avant le 24 mai, il nous parlait de la Droite qui, disait-il, aurait voulu « trouver sa volonté en lui. » t Je n'ai jamais trouvé en moi que ma propre volonté, nous disait-il, mais celle-là, rien ne m'en fera changer. Et cela a bien servi à quelque chose, car c'est en tenant tête à M. de Bismarck, que j'ai obtenu le traité et surtout Belfort. Bismarck me dit un jour : Il n'y a en Europe que deux républicains, vous et moi. — Et pourquoi cela? — Parce qu'il n'y a que nous qui ayons su résister à nos rois. — Je lui racontai alors qu'un jour le roi Louis-Philippe ne pouvant obtenir de moi ce qu'il voulait, dit, en détournant un peu la tête : Quelle chienne de tête ! Quand une fois il s'est mis une ijdée dedans le diable ne l'en tirerait pas ! Et Bismarck rappelait dernièrement ce propos à M. de Gontaut, pendant les dernières négociations. Par exemple! je répondis un jour vertement au roi Louis-Philippe. Il voulait me faire entrer dans une combinaison ministérielle qui ne me convenait pas, et comme je refusais obstinément, il finit par me dire. — Vous voudriez me faire accroire que vous ne tenez pas à un portefeuille. — Sire, répondis-je, toutes les fois que votre Majesté a dit qu'elle n'avait accepté qu'avec désespoir le fardeau de la couronne, je l'ai toujours crue. L'amiral de Rigny

qui n'aimait pas Louis-Philippe était là; aussi le Roi ne me l'a pas pardonné de longtemps ».

M. Thiers était par sentiment, pourrait-on dire, plus encore que par raisonnement, très éloigné des idées et des opinions générales des députés de la Droite proprement dite, droite royaliste et légitimiste. On ne change guère t Les hommes de son temps ont cru qu'ils avaient des revanches à prendre contre l'ancien régime. Ils ne se doutaient guère que d'autres en prendraient aussi contre eux. Ainsi, de nouvelles causes de divisions se sont sans cesse accumulées parmi nous. La concurrence inassouvie et la soif de l'égalité rendront-elles donc le mal de la discorde incurable ! Lui, il n'avait rien à envier à personne, et pourtant il avait conservé les antipathies et presque les préjugés du temps de sa jeunesse, alors qu'il avait pris rang parmi les adversaires de la Restauration, et qu'il avait combattu rudement les carlistes après la révolution de 1830. Toutefois, il avait quelques amitiés parmi eux, et en général il les traitait avec honneur. Il prisait les qualités morales de ce parti.

Il avait beaucoup plus d'affinités avec les membres du Centre Droit. C'étaient les hommes ou les fils des hommes avec qui il avait servi la monarchie constitutionnelle. Mais il était, par nature, dégagé de toute espèce de parti. La nécessité reconnue par lui de fonder un gouvernement neutre qui eût pu refaire l'unité dans la nation, et la situation personnelle que les événements lui avaient faite, lui assuraient, parmi les demeurants des causes politiques anciennes, une place à part qui

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