‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 78 sur 171 · CHAPITRE IX m · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX m

Ricard dit enfin : c Nous sommes heureux de peùser que ce sont vos amis dévoués qui seront les premiers i faire cette proposition ». II ne put que répondre — c Oui, les seujs f Et il nous prenait les mains.

Pour achever cet épisode, le spectacle à l'Assemblée fut bien différent. Le Centre droit avait résolu, lui aussi, de faire sa manifestation; mais il y portait des sentiments tout autres. Il voulait englober, dans l'expression de la gratitude publique, l'Assemblée nationale ellemême; et rien ne fut plus plaisamment triste que de voir un homme infiniment respectable, comme l'était M. Saint-Marc Girardin, faire effort en qualité de président du Centre droit, pour arriver le premier à la tribune. Il n'y put parvenir que le second, et il fit voter un paragraphe par lequel l'Assemblée nationale se congratulait elle-même, dans la formule destinée à exprimer la reconnaissance de la France. Il résulta de tout cela un spectacle navrant d'ingratitude et de petitesse que donnèrent cette fois encore, et dans quel moment! des partis implacables f

Ce trait le montre sous un aspect peu connu. Il n'était ni un sentimental ni un homme enclin aux impressions vives. Il était plutôt légèrement sceptique, porté à la raillerie, et rompu par une longue vie si pleine à toutes les surprises, très éloigné de toute enflure comme de r^mphase antipathique à sa nature d'artiste. Il a dit ce mot, si souvent répété depuis : < en politique, il faut prendre tout au sérieux, rien au tragique. » Il détestait Tamphigouri^ la boursouflure et les tons dramatiques. Les mœurs parlementaires et politiques de son temps n'étaient pas, comme on a pu les voir depuis, éloignées des habitudes de bon ton, de réserve et de convenances qui ont caractérisé la bonne société française. Mais il était patriote passionné. Il avait toute l'âme remuée à

l'idée de la libération du territoire. Et' puis, il y a des mots, n'est-ce pas? qu'on ne peut entendre et prononcer sans de profonds tressaillements.

Le salon de la place Saint-Georges était le vrai centre de l'opposition au régime inauguré le 24 mai 1873, avec la présidence du maréchal de Mac-Mahon. Le Maréchal et lui étaient les deux figures principales de la politique dans laquelle nous étions tous engagés alors, politique qui se détinissait par deux termes, beaucoup trop absolus comme il arrive toujours, mais qui, pour le grand public, caractérisaient la situation vraie; ces deux ternies étaient: République et Réaction. M. Thiers avait, sans aucune réserve, pris parti pour la République. 11 était le chef; et son adhésion de plus en plus affirmée, donnait, aux yeux du pays, un grand crédit aux hommes engagés de ce côté dans la lutte, et une grande force à notre action électorale. Il était plus qu'autrefois en coquetterie avec les républicains avancés, ceux du temps jadis dont il avait fait visiblement peu de cas à Versailles, et particulièrement avec Gambetta qui, de son côté, l'enguirlandait d'espérances, dont ils se berçaient peut-être tous les deux.

Quand vint Tété, il se rendit à Dieppe en villégiature. Là encore, il se mettait en communication habituelle avec nous, et il fut souvent l'objet de manifestations, soit locales, soit du dehors, qui attestaient à la fois et sa popularité et l'influence de son nom sur l'opinion publique. Ce fut à l'occasion d'une de ces manifestations que je lui écrivis une lettre à laquelle il me fit une réponse que je cite, parce qu'elle peint bien l'état de son esprit :

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