‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 8 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

donné leurs espérances. Le monde politique, dans la presse et dans le Parlement, était encore sous les armes, animé de passions identiques, sous Tempire des sentiments violents qu'avaient suscités, chez nous tous, les luttes de l'Assemblée nationale pour la vie ou pour la mort, les tentatives (Jes conservateurs de tout ordre, la bataille électorale qui avait suivi le vote de la Constitution, et d'où étaient sortis les nouveaux pouvoirs publics. Le premier ministère Dufaure (i), malgré sa bonne volonté de rétablir la paix civile, n'avait obtenu qu'un apaisement relatif, avec le concours mesuré et souvent marchandé de la Gauche avancée de la Chambre*

Dans ce tumulte des partis toujours en guerre, on ne se rendait pas, alors, un compte exact des visées de chacun d'eux, ni des mobiles qui les faisaient agir. Gomme un soldat sur le champ de bataille, occupé uniquement à porter ou à détourner des coups, on ne discernait ni les plans de campagne, ni la ligne de conduite de chacun des combattants. On voit mieux aujourd'hui, avec le recul du temps écoulé, quels étaient les intérêts en jeu, et les vraies causes des événements de notre histoire contemporaine.

Il y a plus de fixité qu'on ne pense dans la pensée directrice des partis. Les mobiles généreux ou misérables qui les mènent ne changent pas. Si cette pensée directrice échappe à l'attention publique et quelquefois même aux hommes qui tous ensemble sont mêlés à l'action de la politique quotidienne, on la retrouve plus

(1) MM. Dufaure, ministre de la Justice; Ricard décédé au bout de doux mois; après lui M. de Marcèrp, à l'Intérieur: duc Decazes, aux Affaires étrangères; Wnddinglon, à l'Instruction publique; Léon Say, aux Finances; Albert Chrislophle, aux Travaux publics; Teisserenc de Sort, au Commerce; de Cissey, à la Guerre; fimiriâ Pourichon, à la Marine.

tard dans les résultats, dans les effets heureux on désastreux qu'elle a produits.

Au fond, le Seize Mai fut le dernier incident de la lutte poursuivie depuis 1871 entre la République et ses adversaires. Malgré que le Provisoire eût pris fin par la Constitution de 1875, malgré que les nouveaux Pouvoirs publics fussent constitués, c'était encore, en quelque sorte, l'Assemblée nationale prolongée, avec le même chef d'État, les mêmes hommes répartis selon un autre ordre et dans des postes différents, mais restés ce qu'ils avaient été; c'étaient les mêmes querelles et les mêmes passions en jeu. Durant cette période aussi, les diverses fractions de la Gauche republicaine dessinèrent plus nettement leurs lignes de démarcation et leurs visées particulières. La partie la plus avancée découvrait ses vues, avec ses idées propres. Elle commençait, dès ce moment, à étendre la main vers le Pouvoir, et à prétendre ouvertement à la direction des affaires publiques. Ce fut même cette tendance de plus en plus marquée qui précipita le mouvement.

Dans l'Assemblée nationale, les desseins supposés ou devinés — to^s n'étaient pas de pures inventions — du parti républicain, avaient toujours servi de cheval de bataille à la Droite. Le gros des partis est généralement inerte, parce qu'il n'a pas d'intérêt d'ambition qui l'excite à sortir de la réserve naturelle aux gens de bon sens, qui apprécient exactement les choses. Aussi fautil aux chefs, à ceux qui poursuivent un but personnel, en même temps que le succès d'une cause, un prétexte et un mot d'ordre pour mettre leurs troupes en branle.

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